vendredi, 31 août 2012

POLITIQUE

Dos Santos, le Machiavel de l'Afrique

José Eduardo dos Santos, 70 ans, au pouvoir en Angola depuis 1979, est l’un des chefs d’Etat les mieux accrochés à leur fauteuil. Il se soumet le 31 août à une élection pour la deuxième fois de sa vie, mais reste sûr de l’emporter.

Le président Eduardo Dos Santos le 28 août 2012. REUTERS/SIPHIWE SIBEKO

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José Eduardo dos Santos suivra-t-il la trajectoire d’un Robert Mugabe, président à vie du Zimbabwe, ou plutôt celle d’un Hosni Moubarak, chassé par une jeunesse en colère et une population exaspérée?

La première option paraît encore la plus probable… Surnommé le «Machiavel de l’Afrique» pour son art de l’intrigue politique, le président angolais fait mine de préparer sa succession.

Manuel Vicente, ex-patron de la société pétrolière nationale, la Sonangal, présenté comme un possible successeur, a été propulsé, en février, ministre d’Etat chargé de la Coordination économique. Mais Dos Santos reste solidement accroché au pouvoir.

La Constitution, modifiée par ses soins en 2010, lui réserve la possibilité de rempiler encore une fois pour un mandat de cinq ans, en 2017, après l’élection du 31 août.

L’opposition a beau rassembler des milliers de manifestants dans les rues de Luanda, la capitale, pour demander des élections vraiment transparentes… 

L’Angola, un pays de 19 millions d’habitants, laminé par la plus longue guerre civile qu’ait connu l’Afrique (1975-2002, 1,5 million de morts), reste sous l’emprise du Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA), le parti-Etat de José Eduardo dos Santos.

Démocratie de façade

Sorti vainqueur de la guerre, après la mort en février 2002 de son ennemi juré, Jonas Savimbi, chef de l’Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola (Unita), dos Santos règne en maître. Il a pris tout son temps pour doter son régime d’une façade démocratique. 

Les deuxièmes élections démocratiques de l'histoire du pays, annoncées comme «imminentes», après les accords de paix du 4 avril 2002, ne se sont finalement déroulées que six ans plus tard, le 5 septembre 2008. Le MPLA avait alors remporté une victoire écrasante, avec 80% des voix.

L’Unita, privée de sa manne diamantaire et minée par des querelles internes, n’avait alors glané que 10% des voix.

Les anciens rebelles n’avaient pas les moyens de rivaliser avec le MPLA, qui a fait campagne en construisant écoles et dispensaires dans les plaines côtières, où réside la base «assimilée» de son électorat.

Les «assimilados», en Angola, regroupent les noirs éduqués et les métis, par opposition aux «civilizados» portugais et aux «indigenas» africains. Autant de catégories instaurées avant l'indépendance, au temps de la «province d'outre-mer» portugaise. L'intérieur du pays, contrôlé durant la guerre par l'Unita, reste nettement moins développé.

Ensuite, l'élection présidentielle, prévue pour 2009, a été reportée de trois ans. Entretemps, en 2010, dos Santos a fait réviser la Constitution pour supprimer la présidentielle directe et instaurer des législatives au terme desquelles le chef du principal parti était sensé remporter la présidence, sans avoir besoin de majorité absolue.

Il se réserve ainsi la possibilité de faire encore deux mandats de cinq ans, même s’il est déjà le chef d’Etat le plus détesté d’Afrique, avec 78% d’opinions négatives selon un sondage Gallup publié en avril.

Dos Santos réussit la prouesse politique de se soumettre pour la deuxième fois de sa vie à une élection, en 33 ans de pouvoir. Il n’a affronté les urnes qu’une seule fois, en septembre 1992, trois ans après la chute du mur de Berlin et sous la pression des Etats-Unis.

Il avait remporté le premier tour d’un scrutin présidentiel encadré par les Nations unies, avec 49,3% des voix. Mais l’élection avait été si violemment contestée par l’Unita (40,1% des suffrages) que le pays avait replongé dans la guerre avant même que le second tour ne soit organisé.

 

Laboratoire de la «Chine-Afrique»

L’Angola, qui surfe depuis dix ans sur le boum de sa propre reconstruction, est un pays hors-catégorie en Afrique. Sa capitale, Luanda, est l’une des villes les plus chères du monde —surpassant même Tokyo. Son modèle de développement, indépendant, en fait un laboratoire de la «Chine-Afrique».

Son armée est considérée comme l’une des plus professionnelles du continent, et son président s’éternise au pouvoir sans que les investisseurs ou les puissances occidentales n’y trouvent à redire.

Après tout, l’homme fort de Luanda reste un gage de stabilité, dans un pays considéré comme stratégique, puisqu’il est le second producteur de pétrole en Afrique après le Nigeria.  

Dos Santos, un mutique qui ne s’expose guère, naviguant entre son palais présidentiel et sa résidence, paraît bien décidé à savourer jusqu’au bout sa victoire. Fils de maçon, ingénieur formé en URSS, il avait succédé à Agostinho Neto, le père de l'indépendance, mort en 1979.

Le quadra que les apparatchiks pensaient pouvoir contrôler

Alors ministre des Affaires étrangères à la personnalité plutôt effacée, dos Santos avait été propulsé chef de l'Etat, à 37 ans, principalement en raison de sa couleur de peau —noire, comme celle de son prédécesseur.

Les barons du MPLA, à l'époque majoritairement blancs et métis, pensaient que le pays n'était pas prêt pour un président «assimilé».

Le quadra, que les apparatchiks du MPLA pensaient pouvoir contrôler, a ensuite fait ses preuves dans l’art de l’éviction politique. Il s’est appliqué à éradiquer l'aile radicale de son mouvement, à l’époque marxiste-léniniste et soutenu par l’URSS.

En 2002, affirmant ne pas vouloir se présenter à la prochaine élection, il avait laissé les candidats à sa succession au sein du MPLA faire acte du candidature… pour mieux les exclure ensuite.

En janvier 2006, un général un peu trop populaire, Fernando Garcia Miala, chef du service du renseignement extérieur, a été limogé, rétrogradé et mis à la retraite. Son tort: être un peu trop populaire, après avoir lancé une fondation destinée à venir en aide aux orphelins.

Dos Santos concentre toujours les pouvoirs, entouré de généraux parfois plus influents que les ministres. Il est le chef de l’armée, de la police et nomme toujours les juges. S'il laisse ses collaborateurs s'enrichir, il n'a jamais cédé de manière ostensible aux sirènes du luxe.

Le flou persiste sur ses avoirs à l’étranger. Quant à sa fille aînée, la métisse Isabel Dos Santos, 39 ans, née d'un premier mariage avec une Russe, elle est identifiée en 2011 par le magazine Forbes comme le femme la plus riche et la plus puissante d’Afrique.

A la tête d’un empire industriel qui prend de plus en pied au Portugal, l’ancienne puissance coloniale, elle se distingue dans la banque, les médias, le ciment, la grande distribution, l’énergie et les diamants. Sans pour autant s'identifier à la bourgeoisie qui gravite autour du pouvoir.

Aussi discrète et influente que son père, Isabel dos Santos ne se gêne pas pour dénoncer les travers des «oligarques», parmi lesquels elle compte pourtant nombre d'associés. Elle est présente lors des congrès du MPLA, un parti où elle n’a aucune fonction. Serait-elle candidate à la succession, comme Karim Wade a pu l'être au Sénégal? La question reste taboue…

«Zédu» (contraction des deux prénoms du président) ne tolère pas la critique. Les rares journalistes qui le remettent en question risquent le tribunal, voire la prison. En 2005, le FMI a publié sur son site Internet un article d'un universitaire américain intitulé «La corruption est la principale institution dans le pays».

Fait rare, le président de l'époque du FMI, Rodrigo de Rato, avait dû présenter des excuses…

«L'arrogance des grands pétroliers»

Seul le pape, en visite en Angola en mars 2009, s'était permis de rappeler les dirigeants à l'ordre sur les dossiers de la pauvreté et de la corruption.

Or, les responsables angolais sont d'autant moins prêts à recevoir des leçons en matière de bonne gouvernance qu'ils cultivent «l'arrogance des grands pétroliers», comme le souligne l'historien angolais Carlos Pacheco.

L'or noir, 56% du PIB et 90% des recettes de l'Etat, est extrait de gisements offshore contrôlés à 41% par la société nationale Sonangol. Les recettes pétrolières s’évaporent à grande échelle. Selon l’organisation Human Rights Watch (HRW), le FMI aurait repéré un gigantesque trou de 32 milliards de dollars entre 2007 et 2010, soit 25% du PNB.

Pour l’instant, le nouveau parti d’opposition CASA, fondé en avril par Abel Chivukuvuku, un ancien baron de l’Unita, ne change pas vraiment la donne.

Cette formation, qui regroupe les dissidents de tout bord, vise 30% des suffrages, mais devrait, au mieux, n’en récolter que 20%, faute d’une assise politique suffisante à travers le pays.

Sabine Cessou


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Robert Mugabe au sommet de la SADC à Johannesburg, 17 août 2008, REUTERS/Mike Hutchings

 

L’Afrique a connu des chefs d’Etat aux profils et aux personnalités les plus divers au cours de son histoire récente.

Peu ont brillé par leur intelligence politique ou leur sens du devoir et beaucoup par leurs travers.

Certains se sont particulièrement distingués par leurs comportements loufoques ou ubuesques et d’autres par leurs pratiques mégalomaniaques ou moyenâgeuses.

Obnubilés par le pouvoir ou paranoïaques, nombre d’entre eux ont posé des actes qui relèvent de la folie, dans tous les sens du terme. Dont acte!

Jean-Bedel Bokassa, l’ubuesque empereur de Centrafrique

Jean-Bedel Bokassa a terminé sa carrière avec le grade de capitaine dans l’armée coloniale française. Après les bons et loyaux services rendus à la France pendant la seconde guerre mondiale et les guerres coloniales en Indochine et en Algérie, il a choisi de rentrer dans son pays.

Le militaire, destiné dans sa jeunesse à devenir prêtre, avant que le destin n’en décide autrement, ne pouvait pas mieux tomber. Surtout quand on sait que le président de la jeune République de Centrafrique n’était alors autre que son propre cousin David Dacko.

Jean-Bedel Bokassa se voit ainsi confier par ce dernier l’organisation de l’armée et promouvoir au grade de colonel, puis à celui de chef d’Etat-major. Profitant d’une tentative de coup d’Etat qu’il était censé déjouer, il renversera le président David Dacko et s’empare du pouvoir le 31 décembre 1965.

Dès lors, celui que le général Charles de Gaulle traitait de «soudard» va se conférer la présidence à vie. Il se convertit à l’islam sous le nom de Salah Eddine Ahmed Bokassa pour s’attirer les faveurs et le soutien financier de Mouammar Kadhafi.

L’ancien «soudard» de la coloniale désormais à la tête de son pays n’a pas d’autre rêve que d’être à l’image de son idole, à savoir l’empereur Napoléon Bonaparte.

C’est dans ce contexte qu’il organisera son couronnement avec la participation du gotha politique et artistique français de l’époque. Mais contre toute attente, aucun chef d’Etat africain ne sera au rendez-vous.

Lors d’une cérémonie dont la théâtralité le dispute au faste, le 4 décembre 1977, Jean-Bedel Bokassa se fait couronner «empereur de Centrafrique» dans le même costume que Napoléon Ier. Son titre exact est:

«Empereur de Centrafrique par la volonté du peuple centrafricain, uni au sein du parti politique national: le Mesean (Ndlr: Mouvement pour l’évolution sociale de l’Afrique noire)».

En présence de 5.000 participants dont le ministre français de la Coopération, Robert Galley, la garde-robe de Jean Bedel Bokassa, pour l'occasion, portait la griffe de Pierre Cardin, l’énorme trône celle du sculpteur Olivier Brice, la couronne en or du joaillier Claude Arthus-Bertrand avec sept mille carats de diamants.

Au total, soixante mille bouteilles de champagne et de Bourgogne coulèrent à l’occasion.

Et le moment fort de la cérémonie au palais des sports de Bangui, fut la parade du nouvel «empereur» de Centrafrique dans les rues de la capitale centrafricaine à bord d’un carrosse fait de bronze et d’or et tiré par des chevaux des haras du Pin gracieusement mis à sa disposition par le président Valéry Giscard d’Estaing.

Coût total de ce spectacle granguignolesque: cent millions de francs français dont une grande partie payée par Mouammar Kadhafi.

La dictature sanguinaire que Jean Bedel Bokassa a instaurée à son avènement au pouvoir, mais surtout la sanglante répression des manifestations des lycéens le conduira à sa chute.

Alors même qu’il est en visite en Libye, les services de renseignement français et les forces spéciales réinstallent le président David Dacko au pouvoir le 20 septembre 1979. Grâce à la fameuse opération dont le nom de code était «Barracuda». Et cela peu avant la révélation par le Canard enchaîné de l’affaire des diamants de Valéry Giscard d’Estaing.

 

Idi Amin Dada, le paranoïaque d’Ouganda

L’ancien cuisinier et laveur de linge devenu soldat et président d’Ouganda après son coup d’Etat du 25 janvier 1971 fait partie des chefs d’Etat de sinistre mémoire en Afrique.

Idi Amin Dada n’a pas été qu’un inculte, ubuesque et sanguinaire chef d’Etat. Il a fait pourchasser et exterminer tous ceux qui étaient supposés représenter une menace à son régime et une bonne partie des intellectuels.

De nombreux témoignages concordant attestent qu’il était adepte de certaines pratiques de sorcellerie. Sa mère ayant été une grande initiée et prêtresse de la famille royale Bouganda. Mais il est probable que les rumeurs de cannibalisme à son sujet aient été un peu exagérées.

La folie d’Idi Amin Dada ne s’arrête pas à sa décision de rester président à vie ou de s’octroyer le grade de maréchal dès 1975. Il va multiplier les frasques.

Au cours du sommet de la défunte Organisation de l’unité africaine (OUA) sur les cendres desquelles l’Union africaine est née, il fait organiser plusieurs événements burlesques.

Il s’agit, entre autres, d’une course automobile pendant laquelle il conduit une Citroën SM avec un moteur Maserati, une manœuvre militaire dirigée par lui-même pour simuler une attaque contre l’Afrique du Sud, tout comme il exposera plus tard, à grand renfort médiatique, son fameux plan de reconquête du plateau du Golan occupé par Israël.

Il n’a pas hésité à se faire balader sur une chaise portée par des hommes d’affaires occidentaux dans les rues de Kampala ou à expulser des milliers d’Indo-Pakistanais de son pays.

Le tyran de Kampala finit par sombrer dans un état psychologique inquiétant aussi bien pour son entourage que pour les partenaires étrangers.

Quand la Grande Bretagne a décidé de rompre ses relations diplomatiques avec l’Ouganda, Idi Amin Dada dira qu’il a vaincu les Britanniques. Et de se déclarer «roi d’Ecosse» et «Conquérant de l’Empire britannique».

Avant sa chute, le 11 avril 1979, son exil ensuite à Djeddah en Arabie saoudite par charité islamique, et son décès, le 16 août 2003, il se faisait appeler:

«Son Excellence, le président à vie, maréchal Alhadji docteur Idi Amin Dada, titulaire de la Victoria Cross, DSO, titulaire de la Military Cross et Conquérant de l’Empire britannique».

Mouammar Kadhafi, mégalomane de Libye

Kadhafi au 40ème anniversaire de sa prise de pouvoir, Tripoli, 1er sept. 2009, REUTERS/Z. Bensemra 

L’ex-président de la Libye, Mouammar Kadhafi, restera pendant longtemps encore dans la mémoire des Africains. Il aura marqué l’histoire contemporaine du continent depuis le coup d’Etat qui le porta au pouvoir en 1969.

Non pas seulement à cause de la fin tragique, le 20 octobre 2011, de celui qui traitait ses ennemis de rats. Mais aussi et surtout à cause de sa folie des grandeurs et de sa suffisance.

Pendant tout son règne, Mouammar Kadhafi ne s’est autorisé qu’une seule limite à ne pas franchir, à savoir celle de s’autoproclamer comme le seul et légitime représentant de Dieu sur terre.

Autoproclamé «leader» et «guide» des Libyens, Mouammar Kadhafi avait construit sa propre théorie de développement sur la base de laquelle il voulait voir son peuple évoluer: elle était consigné dans le fameux Livre vert.

Il s’est fait couronner «Roi des rois» africains. Et il a tout fait, sans succès, pour devenir le «président» des Etats-Unis d’Afrique. Une première étape qui devait lui permettre de faire valoir son ambition future de devenir le «maître» du monde.

En fin de compte, Mouammar Kadhafi n’aura été que le «maître» de l’Afrique noire à quelques exceptions près, distribuant prébendes par-ci et suscitant des conflits par-là pour tenir en laisse les chefs d’Etat récalcitrants.

Il se payera aussi la tête des grandes puissances occidentales en fomentant des attentats pour, par la suite, leur payer des dédommagements. L’homme était connu pour se déplacer toujours avec une armée de femmes gardes du corps et son inséparable tente de Bédouin.

Il a poussé la provocation jusque dans la capitale française où il a planté sa tente dans le parc de l’hôtel Marigny, à côté de l’Elysée, au cours de sa visite officielle sous la présidence de Nicolas Sarkozy.

Yahya Jammeh, le marabout-guérisseur de Gambie

Les obligations de président de la République de Gambie ne semblent pas suffire à Yahya Jammeh.

Depuis 1994 qu’il a chassé Daouda Jawara du pouvoir à la suite d’un coup d’Etat, le jeune lieutenant s’est littéralement métamorphosé.

L’homme qui affectionne maintenant de parader avec de grands boubous africains et une baguette magique en main s’est depuis quelque temps adjoint une nouvelle vocation quasi messianique: marabout de Gambie et grand guérisseur devant l’éternel des maladies les plus incurables, y compris du Sida.

Le comble, il présente de soi-disant séropositifs qui auraient été guéris par ses soins. Sans s’émouvoir devant l’ire des représentants des institutions de l’ONU quant à ses prétendus remèdes contre la pandémie.

Plutôt que de s’occuper des vrais problèmes de ses compatriotes, le chef de l’Etat gambien n’a de cesse de multiplier des frasques.

Seyni Kountché, le cerveau gonflable du Niger

François Mitterrand et Seyni Kountché à Niamey, 20 Mai 1982, AFP/Philippe Bouchon

Seyni Kountché a accédé au pouvoir le 15 avril 1974 par un coup d’Etat consécutif à une longue période d’instabilité sociopolitique. Laquelle avait mis le régime du président Diori Hamani sur la sellette, aggravée par une grande sécheresse.

Une fois au pouvoir, des tentatives infructueuses de putsch vont se multiplier. Il s’agit notamment de celles du commandant Bayere Moussa, en 1975, d’Ahmed Moudour en 1976, de son marabout Bonkano en 1983. Sans compter le soutien de Mouammar Kadhafi aux rebelles touaregs contre son régime.

Face à cette situation, le régime du président Seyni Kountché va se durcir. Avec à la clé, la mise en place d’un service de renseignement puissant. Il veut que rien ne lui échappe.

Et pour cause, il concentre entre ses mains les principales institutions, ce qui lui permet de contrôler la situation dans le pays, jsque dans les moindres détails. En l’occurrence, la présidence de la République, le ministère de la Défense et le ministère de l’Intérieur.

Seyni Kountché veut être au courant de tout dans le pays, et il possède une mémoire d’éléphant. Tout lui est rapporté et il suit tout de près, jusqu’au petit détail.

Jusqu’à son décès le 10 novembre 1987 à l’hôpital de La Pitié Salpetrière à Paris, il réussira en garder totalement la main sur le pays.

Robert Mugabe, le fou du pouvoir du Zimbabwe

Le président zimbabwéen, Robert Mugabe, a joué un rôle majeur dans l’indépendance de son pays (ex-Rhodésie du Sud).

A telle enseigne qu’il en est souvent considéré à tort ou à raison comme le père de l’indépendance.

Après de longues et dures années de lutte politique et de guérilla contre le régime blanc de Rhodésie du Sud, il est arrivé à la tête de l’Etat en 1987.

Tout comme il a longtemps joué sur l’opposition entre son ethnie (les Shonas) et celle de ses adversaires (les Ndébélés), il en fera de même en opposant les Zimbabwéens blancs aux noirs.

Et il a l’art d’utiliser le communautarisme comme mode de gouvernement et de conservation du pouvoir. Un pouvoir qu’il n’entend pas quitter tant qu’il est encore en vie.

Le dernier épisode en date reste les élections législatives et la présidentielle de 2008.

Alors qu’il pouvait s’offrir une sortie historique du pouvoir et une retraite paisible, il a décidé de briguer un sixième mandat dans un contexte de grave crise économique et de tension sociopolitique.

Son stratagème: une réforme agraire qui consiste à arracher purement et simplement des terres aux blancs pour les donner aux noirs.

Mais mal lui en a pris. Cette fois-là, le surf sur les oppositions communautaristes ne marche pas face à son ex-ministre des Finances Morgan Tsvangirai, lequel a crée son propre parti, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC).

Ce dernier rafle les sièges au Parlement et gagne la présidentielle dont le résultat ne sera pas proclamé avec les 50,3% des voix qu'il a obtenus.

Conséquence: il s’en est suivi des violences postélectorales meurtrières, à caractère ethnique, contre les militants et sympathisants de Morgan Tsvangirai.

Ce qui a obligé la communauté internationale à intervenir, à travers l’ONU, pour imposer une transition bancale qui a maintenu Robert Mugabe à la tête de l’Etat et fait de Morgan Tsvangirai son Premier ministre.

Mais, même au bout de cette transition, rien ne dit a priori que le fou du pouvoir du Zimbabwe le quittera demain s’il était encore battu lors des prochaines échéances.

Moussa Traoré, la marionnette de Bamako

Moussa Traoré faisait partie des militaires qui ont renversé le régime du président Modibo Keïta, le 19 novembre 1968.

Aussitôt parvenu au pouvoir, il a mis en place un régime dictatorial au sein duquel les services de renseignement espionnaient tout le monde, y compris des lycéens.

L’arrestation et la détention de Modibo Keïta jusqu’à sa mort dans des conditions fort suspectes, en mai 1977, n’est pas sans susciter des remous dans le pays. Mais passé cet orage, le pouvoir autocratique du général Moussa Traoré s’enracine profondément.

Il faudra attendre la fin des années 1990, à la faveur des changements sociopolitiques de la fin des années 1980 pour voir de nouvelles protestations pro-démocratiques aussi fortes au Mali.

Les 20 et 21 janvier 1991, l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), parti au pouvoir, est ébranlé.

Plusieurs mouvements, en l’occurrence l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adéma), le Comité national d’initiatives démocratiques (CNID), l’Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM), l’Association des diplômés initiateurs et demandeurs d’emplois (Adide) marchent à Bamako et dans plusieurs villes du pays.

On peut lire dans l’un des documents de l’Adéma:

«Divers dans ses opinions et croyances, multiples dans ses inspirations politiques et idéologiques, mais unifiés dans ses revendications de libertés publiques et individuelles, le mouvement en cours proclame les vertus de la démocratie pluraliste et réclame l’instauration du multipartisme au Mali.»

Le régime désemparé face à la soudaineté et la détermination des manifestations de contestation est partagé en les faucons et les colombes.

Au plus fort de la crise, alors que Moussa Traoré voulait lâcher du lest, son épouse le lui aurait fermement déconseillé avec l’aile la plus dure de l’armée. Au point de lui demander s’il est un «fils de mâle» ou non.

Sous l’instigation de Mariam Traoré, il choisit le camp de l’aile dure et de répondre par la force.

Les manifestations des 22, 23 et 24 mars auxquelles l’armée réplique en tirant à vue sur les manifestants constituent des événements sans précédent dans l’histoire de toute l’Afrique de l’ouest. Pendant la seule journée du 22 mars, plus d’une centaine de personnes sont tuées.

Le 24 mars, les Africains de France signent une pétition contre cette boucherie humaine. Ainsi écrivent-ils dans le Manifeste africain pour le Mali:

«Africains résidant en Europe, venus de tous les horizons de notre continent, solidaires dans la diversité de nos cultures, nous tenons à exprimer de la manière la plus vigoureuse notre horreur mais aussi notre honte devant une telle infamie délibérée, sans précédent».

A Bamako, ils sont légion à penser que la réaction du pouvoir devant la crise n’a pas pu émaner directement du chef de l’Etat, mais plutôt de son épouse.

La sanglante répression des manifestations pro-démocratiques de Bamako vont précipiter sa destitution, le 26 mars 1991, par Amadou Toumani Touré, qui conduira la transition démocratique du pays.

Pierre Cherruau et Marcus Boni Teiga

 

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lundi, 27 février 2012

Politique

Droits des homosexuels : Mugabe dit à Cameron d’« aller en enfer »

lundi 27 février 2012

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a rejeté samedi les appels au respect des droits des homosexuels du Premier ministre britannique David Cameron, lui disant d’"aller en enfer".

"La nature est la nature. Elle a créé le mâle et la femelle. Vous, David Cameron, suggérez-vous que vous ne savez pas ça, ou est-ce qu’il y a une sorte de démence, ou cela fait-il partie de la culture des Européens ?", s’est interrogé M. Mugabe devant des milliers de partisans rassemblés pour fêter son 88ème anniversaire dans un stade de Mutare (est).

"Selon leurs journaux, c’est l’un de mes péchés. Que j’ai dit qu’ils (les gays) étaient pire que les porcs et les chiens parce que les porcs savent qu’il y a des mâles et des femelles. C’est même dans la Bible : vous créez grâce au système du mariage", a argumenté le président zimbabwéen, un catholique pratiquant.

« Chien »

"Voilà comment nous sommes nés, c’est pourquoi nous rejetons catégoriquement cela et vous disons d’aller en enfer", a-t-il lancé au Premier ministre de l’ancien colonisateur de son pays.

"Je vais même pas l’appeler un chien parce que mon propre chien va se plaindre", a-t-il ajouté.

David Cameron a déclaré lors d’un sommet du Commonwealth l’an dernier que ses partenaires devraient respecter les droits de l’Homme, y compris les droits des homosexuels, pour pouvoir bénéficier de l’aide britannique.

Diatribe

La question a refait surface alors que le Zimbabwe doit se doter d’une nouvelle Constitution, des opposants au président ayant suggéré de suivre l’exemple du voisin sud-africain en garantissant les droits des homosexuels dans la Loi fondamentale.

"Nous n’accepterons pas cela", a assuré M. Mugabe.

"S’il vous plaît, jeunes hommes et jeunes femmes, vous n’avez pas la liberté pour les hommes d’épouser des hommes et pour les femmes d’épouser des femmes. Vous avez la liberté pour les hommes d’épouser des femmes. C’est la liberté de Dieu. C’est ce qui nous a créés, vous et moi", a lancé le vieux président, dont la croisade contre l’homosexualité est devenue une marque de fabrique.

Sa dernière diatribe survenait samedi alors que le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a à nouveau appelé les pays africains à respecter les droits des homosexuels, lors d’une visite en Zambie, pays voisin du Zimbabwe.

(AFP)