lundi, 16 novembre 2009

Télécoms : MT à la conquête de l'Ouest

16/11/2009 | Jeune Afrique | Par : Faïza Ghozali


L'opérateur marocain a acquis 51% du burkinabè Onaltel (ici, le siège à Ouaga)L'opérateur marocain a acquis 51% du burkinabè Onaltel (ici, le siège à Ouaga)© AHMED OUOBA

Et de quatre ! Le 7 juillet dernier, Maroc Telecom (MT) s’est emparé de 51 % du capital du malien Sotelma, pour quelque 275 millions d’euros. Une acquisition venue s’ajouter à trois autres « emplettes » du marocain au sud du Sahara : première à avoir ouvert le bal, la Mauritanie lui a cédé le contrôle de Mauritel en avril 2001, suivie, en décembre 2006, par le Burkina, où MT a acquis 51 % d’Onatel avant de s’emparer, en février 2007, de 51 % de Gabon Telecom. Chaque fois, MT a privilégié la privatisation d’opérateurs historiques, sur des marchés à fort potentiel de croissance, lui permettant de totaliser 19,6 millions de clients et d’afficher, pour le premier semestre 2009, un chiffre d’affaires de 14,6 millions de DH (1,3 million d’euros), en hausse de 1,9 % par rapport à 2008.

A contrario, ayant accéléré la cadence de ses achats ces trois dernières années, MT a dû muscler ses investissements sur le marché subsaharien et a ainsi déboursé 100 millions d’euros en 2008. Reste que le fleuron marocain de la téléphonie, coté à la fois à Paris et à Casablanca (il pèse un quart de la capitalisation boursière de la place), est la propriété à 53 % du français Vivendi, dont il est d’ailleurs la filiale la plus rentable. Et c’est via MT que Vivendi a tenté une offensive sur les actifs africains de Zain, avant d’y renoncer…

Après MT, Méditel, second opérateur GSM du royaume et désormais 100 % marocain – depuis le rachat, en septembre, par FinanceCom et CDG, des participations de Telefónica et Portugal Telecom –, se sent pousser des ailes… qui pourraient aussi le conduire hors de ses frontières.

Un appétit sans fin des Etats

16/11/2009 | Jeune Afrique | Par : Frédéric Maury


Le Ghana fait pression sur Vodafone pour renégocier le prix de cession de Ghana TelecomLe Ghana fait pression sur Vodafone pour renégocier le prix de cession de Ghana Telecom© Alamy/Photo12

En accordant de nouvelles licences, en renégociant les plus anciennes ou en privatisant les opérateurs, les États continuent à s’octroyer de confortables revenus.

Le 16 octobre dernier, un comité interministériel ghanéen a annoncé son intention de renégocier l’acquisition de 70 % de Ghana Telecom par le britannique Vodafone. Pour les autorités du pays, le montant de 900 millions de dollars versé en août dernier pour ce rachat par Vodafone « n’est pas suffisant ».

À l’image du Ghana, la manne financière issue des télécoms est importante et surtout inespérée pour des États africains aux budgets fragiles. Ces derniers essaient ainsi de tirer parti au maximum de la privatisation des opérateurs publics ou des attributions de licences de téléphonie mobile. Du coup, les prix des « sésames téléphoniques » ont, jusqu’en 2008, littéralement explosé, au point d’atteindre des niveaux records. Au nord du continent, le saoudien Etisalat s’est engagé en 2006 à payer… 2,9 milliards de dollars pour une licence égyptienne ! Au sud du Sahara, la frénésie a certes été moindre, mais les prix ont parfois flambé. Ainsi, l’opérateur d’origine soudanaise Sudatel acceptait, fin 2007, de payer 200 millions de dollars pour une licence globale au Sénégal. « Le niveau atteint par certaines licences a aiguisé les appétits », souligne un avocat. Plusieurs États se sont donc lancés dans des renégociations portant sur les plus anciennes licences. « Cela tient aux circonstances dans lesquelles elles ont été accordées, explique Devine Kofiloto, consultant senior chez Teleplan Consulting. Lorsque toutes les parties ne parviennent pas à passer par un processus transparent pour l’octroi d’une licence, il n’est pas étonnant que le sujet revienne à la surface quelques années plus tard. » C’est ce qui est advenu notamment aux opérateurs MTN et Moov au Bénin. Leurs services avaient été suspendus mi-2007 avant qu’ils ne concèdent des efforts financiers conséquents. C’est également l’enjeu qui subsiste aujourd’hui entre l’opérateur Tigo et l’État sénégalais, qui entendait comme prévu renégocier avec Tigo au moment même de l’attribution de la licence à Sudatel. Comme l’octroi de licences, les privatisations d’opérateurs publics peuvent rapporter gros.

Jackpot pour les budgets

Les caisses de l’État malien se sont récemment remplies de 275 millions d’euros lors de la cession de 51 % du capital de la Sotelma à Maroc Telecom. Et, en 2006, la Tunisie avait vendu 35 % de Tunisie Telecom pour 2,25 milliards de dollars. Les États qui sont restés actionnaires minoritaires dans les opérateurs publics bénéficient de surcroît du versement de dividendes confortables liés à des activités extrêmement rentables. Enfin, les taxes prélevées par l’État sur les appels mais aussi sur les bénéfices des opérateurs alimentent généreusement les budgets nationaux. Selon une étude du cabinet d’audit et de conseil Deloitte, citée par Devine Kofiloto et portant sur 35 pays africains, « 17,40 euros finissent dans les caisses de l’État sur 100 dépensés par le client ». Le secteur de la téléphonie mobile ne bénéficie pas, en effet, des exemptions massives dont jouissent les opérateurs miniers ou pétroliers pendant leurs premières années d’activité. Il reste, à plus d’un titre, un gros pourvoyeur de deniers publics.

mardi, 27 octobre 2009

Les banques plébiscitées par les étudiants

27/10/2009 | Jeune Afrique | Par : Stéphane Ballong


L'établissement financier panafricain attire de nombreux cadres débutantsL'établissement financier panafricain attire de nombreux cadres débutants© Ecobank

L’enquête de Jeune Afrique réalisée sur un panel de grandes écoles de commerce place le secteur bancaire en priorité des recherches d’emploi. La téléphonie mobile et les cabinets de conseil ont également la cote.

Image des grands groupes occidentaux ternie par la crise, plébiscite des banques étrangères et panafricaines, grand intérêt pour les cabinets d’audit et d’expertise et les firmes internationales de télécommunications. Tels sont les principaux enseignements du palmarès des entreprises préférées des étudiants qui ressort de l’enquête réalisée par Jeune Afrique auprès de quelques écoles de commerce en Afrique subsaharienne et au Maghreb, ainsi que de sollicitations de certains cabinets de recrutement. L’étude n’est cependant pas exhaustive. Car elle n’a pas la prétention d’aboutir à un classement rigoureux des entreprises les plus prisées des étudiants, en fonction de leur réputation. Il s’agit surtout de dégager une tendance générale des raisons qui poussent les jeunes diplômés à postuler pour un emploi dans une entreprise plutôt que dans une autre. Aussi, la liste hiérarchique des entreprises que nous proposons dans le tableau ci-après est fondée sur les groupes les plus souvent cités, autant par les étudiants que par les cabinets de recrutement consultés.

Image sérieuse de la finance

Il apparaît donc au terme d’un tour d’horizon plutôt arbitraire que le secteur bancaire africain n’a pas perdu de son attractivité auprès de ses futurs cadres. Au contraire, la restructuration qu’il opère et qui, paradoxalement, l’oblige à recruter en masse en faisant de plus en plus appel à de nouvelles compétences joue en sa faveur. Ainsi, en Afrique de l’Ouest, Ecobank se classe parmi les établissements qui reviennent systématiquement. Cette sorte de plébiscite s’explique d’une part par l’image sérieuse d’une banque panafricaine dont les activités ne cessent de croître, et d’autre part par « l’esprit rigoureux qu’elle dégage ». « Le port de l’uniforme par ses salariés donne aux jeunes diplômés le sentiment de continuer à apprendre et d’appartenir à une famille », affirme un recruteur. Par ailleurs, « les étudiants aspirent à travailler au sein du groupe pour profiter de son large réseau international et bénéficier ainsi d’expériences à l’étranger », ajoute Abdou Ouattara, enseignant en finance et membre de l’équipe de coordination du master banque et finance du Centre africain d’études supérieures en gestion (Cesag) de Dakar. La forte politique de communication d’Ecobank dans les institutions de formation avec lesquelles l’établissement financier noue de nombreux partenariats contribue à renforcer son attrait. Au Cesag, par exemple, la banque recrute « systématiquement plus d’une dizaine de stagiaires par an, soit près de la moitié des effectifs de la filière banque et finance », révèle Abdou Ouattara.

D’autres banques africaines attisent également la convoitise des jeunes diplômés, qui affirment être intéressés par toute société bancaire et financière hormis « les vieilles banques commerciales qui ne leur permettent pas d’exprimer leurs talents une fois employés ». Ainsi, en Afrique subsaharienne, United Bank of Africa (UBA) est devenue l’un des principaux recruteurs du secteur. La banque nigériane, en pleine expansion dans la sous-région, pratique une politique de recrutement agressive aussi bien auprès des jeunes diplômés que des salariés plus expérimentés. « Beaucoup d’étudiants caressent l’ambition de travailler pour UBA », confirme le responsable d’un centre de formation et de recrutement. En dépit de l’image peu affriolante des banques nigérianes, les rémunérations avantageuses qu’offre UBA restent une motivation centrale. Par ailleurs, les filiales des banques étrangères séduisent aussi. Issouf Ismael Comara, étudiant en master banque et finance au Cesag, affirme son intérêt « pour les établissements anglo-saxons comme Citigroup Gabon et Standard Chartered Bank ». Ce jeune Ivoirien de 25 ans explique son choix en raison de « la culture de ces banques propice à donner leur chance aux jeunes diplômés. Une culture d’entreprise, qui tranche avec celle des groupes francophones où la hiérarchie reste lourde et figée ».

Postes plus souples

En effet, les entreprises qui séduisent sont celles qui proposent des postes plus attrayants et plus souples, facilement accessibles aux diplômés fraîchement sortis des grandes écoles. Ainsi, en dehors du secteur bancaire, les compagnies opérant dans les domaines en plein essor de l’informatique et des télécommunications, notamment dans la téléphonie mobile, sont prisées. À l’instar de grands groupes tels que le français Orange ou le sud-africain MTN. En Afrique de l’Ouest, ces opérateurs de télécoms qui recrutent en masse des jeunes commerciaux pour soutenir leur expansion jouissent d’une excellente image. Selon Joël-Éric Missainhoun, gérant du cabinet de conseil en ressources humaines AfricSearch, la popularité des entreprises est aussi liée à l’effet de l’emploi de masse. Les recrutés jouent les thuriféraires pour leur entreprise auprès des promotions de jeunes collègues suivant encore le cursus des écoles.

D’une façon générale, les entreprises préférées sont celles qui adoptent des plans de communication ciblés sur les étudiants. « La première fois que KPMG est venu à l’école, le cabinet français d’audit, d’expertise comptable et de conseil n’a pas attiré foule », se souvient Frédéric Frantz, le directeur de développement chargé de la relation avec les entreprises de l’École supérieure des affaires d’Algérie (Esaa). KPMG est ainsi parvenu peu à peu à compter parmi les entreprises les plus séduisantes aux yeux des élèves de la grande école algérienne. Selon Frédéric Frantz, ses étudiants « sont davantage attirés par les entreprises privées comme Deloitte ou des filiales des banques étrangères que par les sociétés publiques », même si Sonatrach, le géant pétrolier algérien, reste une des principales compagnies vers lesquelles ils s’orientent.

Les raisons d’une telle sélection ? En règle générale, les sociétés privées offre des rémunérations plus intéressantes que les organisations publiques. Le désir de mobilité pèse également beaucoup dans le choix. Les jeunes diplômés sont en effet de plus en plus intéressés par les expériences à l’étranger que peuvent leur offrir les multinationales.

Un sondage réalisé, en 2008, sur le salon Afric Talents organisé à Dakar par le recruteur AfricSearch, auprès d’un échantillon de 505 étudiants et de jeunes diplômés, place les objectifs et le caractère sérieux du management des entreprises en tête des motivations pour 62 % des sondés. Viennent ensuite la dimension internationale (42 %) puis les valeurs éthiques et sociales (40 %). La réputation ainsi que la stabilité financière de la société comptent pour un peu plus de 35 % des étudiants.

vendredi, 23 octobre 2009

Allô l'Afrique, ici Omniacom

23/10/2009 | Jeune Afrique | Par : Abdelaziz Barrouhi


Samir Kallel a quitté un poste de chercheur au Canada pour s'installer à TunisSamir Kallel a quitté un poste de chercheur au Canada pour s'installer à Tunis© Hichem

Un millier de villages du continent raccordés aux réseaux de télécommunications, 70 % de chiffre d’affaires à l’export... La firme de Samir Kallel poursuit son rêve de grandeur.

Omniacom International veut devenir « le leader régional dans le domaine des réseaux d’accès des télécommunications », explique son directeur, Samir Kallel, 50 ans, docteur-ingénieur en télécommunications. Selon lui, sa firme en a désormais les moyens grâce au partenariat financier conclu en 2008 avec le Fonds d’investissement Tuninvest-AfricInvest doté de 500 millions de dollars qu’il investit dans des pays africains au nord et au sud du Sahara. Ainsi huit millions de dinars (4 millions d’euros) ont été injectés dans l’entreprise contre 30 % du capital.

L’entreprise a déjà « raccordé aux réseaux de télécommunications un millier de villages en Afrique, dont 306 en Tunisie et les autres dans des pays subsahariens comme le Mali, le Togo, la Guinée, l’Angola, et la Gambie », précise Samir Kallel. Il ajoute : « En s’engageant dans ce créneau, Omniacom est devenu leader dans sa spécialité en Tunisie et veut le devenir dans toute l’Afrique. »

Matériel adapté

La firme réalise 70 % de son chiffre d’affaires à l’export et 30 % en Tunisie. Elle est présente dans une douzaine de pays du continent, plus particulièrement en Afrique de l’Ouest, mais aussi en Afrique centrale et en Afrique australe, et s’applique à s’implanter en Afrique de l’Est. « Nous poursuivons la mise en place de filiales pour être proches de nos clients et assurer le transfert du savoir-faire », explique Kallel.

Aujourd’hui, Omniacom se présente comme une entreprise de conception, ingénierie, fabrication et déploiement de systèmes de réseaux d’accès de télécommunications. Téléphone, Internet haut débit, données, vidéo, sont désormais à la portée des zones les plus reculées, par des liaisons filaires ou non-filaires. En Afrique, l’approche d’Omniacom consiste à fabriquer du matériel robuste, adapté aux conditions climatiques et aux besoins de maintenance, et à optimiser les solutions, comme utiliser l’énergie solaire pour des économies d’énergie et là où il n’y a pas de réseau électrique.

Omniacom vend du solide (du hardware) et des solutions sur un créneau où l’on se bouscule peu : connecter des populations oubliées par la révolution technologique du téléphone, de l’Internet et du multimédia. L’idée de ce challenge est de Samir Kallel. Alors professeur-chercheur au département de génie électrique et informatique de l’université de Colombie britannique, à Vancouver, au Canada, et consultant pour plusieurs firmes internationales (Motorola, Data Mobile et Sierra Wireless) spécialisées dans les communications sans fil, Kallel décide de répondre présent lorsque la Tunisie ouvre son premier technopôle des TIC. C’est ainsi qu’il crée Omniacom en 1999.

Depuis, l’entreprise siège au technopôle d’El-Ghazala. Et dans ce site situé à dix minutes de l’aéroport de Tunis-Carthage et à une dizaine de kilomètres des plages du golfe de Tunis, les start-up naissent et périssent à toute vitesse. En effet, de celles que Jeune Afrique a visitées il y aura bientôt dix ans, seule Omniacom est encore là.

lundi, 19 octobre 2009

HP s’attelle à fixer les cerveaux africains sur le continent

La firme Hewlett Packard favorise la recherche en Afrique en fournissant l’infrastructure technologique

La firme informatique Hewlett Packard (HP) participe à maintenir les intelligences africaines sur le continent grâce à un programme dénommé "The Brain Gain initiative". Le programme, conduit en partenariat avec l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco), repose sur un principe simple. Celui de permettre aux scientifiques africains de travailler chez eux et dans les meilleures conditions technologies afin de développer de leur pays, en collaborant avec leur compatriotes évoluant à l’extérieur et avec des chercheurs du monde entier grâce à la mise en place de gigantesques réseaux virtuels baptisés grilles informatiques. Entretien avec Gabriele Zedlmayer, vice-présidente Corporate marketing et Citoyenneté mondiale HP Europe, Moyen-Orient et Afrique (EMEA).

Numéro un mondial et dans la zone Europe, Afrique et au Moyen-Orient (EMEA) en termes de ventes aux entreprises de serveurs et d’applications liées au stockage et à la gestion, leader des ventes de PC et d’imprimantes aux particuliers et aux entreprises, selon les chiffres communiqués par l’entreprise, Hewlett Packard est un acteur important du marché de l’informatique. Cette position alliée à une âme d’entreprise citoyenne font de la firme américaine un acteur de la lutte contre la fuite des cerveaux sur le continent africain depuis quelques années. Avec l’aide de l’Unesco et après avoir sélectionné 5 universités [1] , qui ont participé a un projet pilote entre 2006 et 2009, elle a permis officiellement début octobre à une dizaine d’autres de rejoindre la grande aventure du maintien des intelligences africaines sur leurs terres d’origine. Le Burkina Faso (2), le Cameroun (2), la Côte d"Ivoire (1), l’Ethiopie (1), le Kenya (2), le Maroc (1), la Tunisie (1) et l’Ouganda (2) ont rejoint le projet grâce à quelques unes de leurs universités. Développement de grilles informatiques (Grid, en anglais), questions climatiques, contribution de la diaspora au développement sont quelques uns des travaux de recherches des nouvelles recrues de "The Brain Gain Initiative", littéralement "gain de cerveaux". D’ici 2011, ils devraient être une centaine.

Afrik.com : Vous avez lancé un projet pilote majeur en 2006. Qu’est-ce qui vous a décidé chez Hewlett Packard à vous engager auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) dans la lutte contre la fuite des cerveaux en Afrique ?
Gabriele Zedlmayer :
Hewlett Packard a toujours été une entreprise citoyenne. Nous nous y œuvrons depuis plus de 50 ans. A ce titre, nous travaillons avec des ONG et des gouvernements, des organisations comme l’Unesco ou l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (Onudi). Avec eux, nous identifions des domaines dans lesquels nous pouvons faire la différence en nous y investissant. La fuite des cerveaux en Afrique, qui coûte quelque 4 milliards de dollars par an au continent, a été identifié par l’Unesco comme étant un domaine d’action prioritaire. Beaucoup d’Africains diplômés quittent leur pays pour travailler à l’étranger au lieu de mettre leur expertise à la disposition du développement de leur pays. Pour y pallier, nous avons mis en œuvre avec l’Unesco un projet pilote qui est aujourd’hui dans sa phase d’extension.

Afrik.com : Vous avez choisi dans le cadre du projet pilote cinq universités dans cinq pays, à savoir l’Algérie, le Ghana, le Nigeria, le Sénégal et le Zimbabwe. Quels ont été vos critères ?
Gabriele Zedlmayer :
Encore une fois, c’est un processus dans lequel HP ne s’engage pas tout seul. Nous travaillons en étroite collaboration avec les ministères de l’Education de ces pays et l’Unesco. Les projets sélectionnés touchent à des domaines très variés comme les nanotechnologies, l’énergie ou encore les questions environnementales. Les critères qui prévalent vont de la nature des travaux de recherche menés par ces universités à leur contribution au développement, en passant par l’urgence des questions traitées.

Afrik.com : Pour relier d’abord les scientifiques africains entre eux, ceux qui sont restés à ceux qui travaillent à l’étranger d’abord, puis au monde entier, vous utilisez la technologie du Grid, une grille informatique. Pouvez-vous expliquer en des mots très simples en quoi elle consiste ?
Gabriele Zedlmayer :
Avant d’arriver au Grid, vous mettez en réseau des ordinateurs, des imprimantes et des serveurs. Vous mettez en place une infrastructure qui permet aux chercheurs de disposer d’un véritable environnement de travail. Ils peuvent entrer leurs données et les traiter. Mais certains projets demandent d’importantes capacités de stockage, plus importantes que celles qu’offrent les serveurs. La grille informatique permet d’intégrer les différents réseaux informatiques et de stocker de gros volumes de données de partout et qui, de même, deviennent accessibles de n’importe quel endroit dans le monde. Le Grid offre une grande capacité de travail tout en accédant à d’autres informations.

Afrik.com : Comment mettez-vous en contact les chercheurs qui travaillent dans leur pays et ceux qui travaillent en dehors du leur ?
Gabriele Zedlmayer :
L’Unesco et les ministères de l’Education, avec lesquels nous collaborons, disposent des informations précises sur la localisation de l’expertise.

Afrik.com : Le projet pilote a été mené de 2006 à 2009. Quinze nouvelles autres institutions ont rejoint récemment le projet, désormais baptisé " The Brain Gain Initiative". Vous voulez touchez une centaine d’universités africaines d’ici 2011, la date fixée pour la fin du programme ?
Gabriele Zedlmayer :
Nous sommes maintenant dans la phase d’extension du projet. Nous pensons que si nous introduisons toujours plus de technologie en Afrique, il sera d’autant plus facile d’étendre le programme. A ce stade, toucher 100 universités à l’horizon 2011 est un objectif raisonnable. Pour cela, nous avons besoin de plus de partenaires. Je rencontre actuellement d’importantes institutions, comme la Banque africaine de développement, pour voir comment nous pouvons donner de l’ampleur à cette initiative.

Afrik.com : Quels ont été les principaux enseignements de la phase pilote ?
Gabriele Zedlmayer :
L’idée derrière tout cela est de renforcer la collaboration entre scientifiques. Pour mettre en place le projet au Sénégal, par exemple, nous avons travaillé avec le Centre national de recherche scientifique (CNRS), l’institut de recherche français qui nous a aidés à installer le Grid à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Ce Grid fait partie de celui lancé par l’Union européenne en 2004, l’EGEE (Enabling Grids for E-sciencE qui intègre les ressources informatiques européennes) [2] Aujourd’hui, notre ambition est d’étendre ce Grid à tout le Sénégal, puis de reproduire ce schéma dans d’autres pays.

Afrik.com : Les scientifiques restent-ils vraiment dans leur pays ?
Gabriele Zedlmayer :
Nous savons déjà que ces programmes permettent de garder les scientifiques sur place. Avant l’Afrique, ils ont été conduits en Europe de l’Est, une région ravagée par la guerre dans les années 90. Nous l’avons encore une fois constaté en Afrique. Les scientifiques restent travailler dans leur pays parce qu’ils ont accès à la technologie, qu’ils peuvent conduire leurs travaux là où ils sont et qu’ils peuvent travailler avec des collègues partout dans le monde. Ils n’ont plus besoin dès lors de s’expatrier.

Afrik.com : Dans l’avenir, "The Brain Gain Initiative" misera aussi sur le "Cloud computing" [3] ?
Gabriele Zedlmayer :
C’est une technologie qui est diiférente de celle du Grid. "Le Cloud computing" n’est possible que par le biais d’Internet et nous aimerions mettre cette technologie à la disposition de l’Afrique. Il ne sera plus nécessaire de stocker ses données sur ses propres appareils, il suffira de les mettre sur le Net pour y accéder de n’importe où avec n’importe quel appareil.

 

Samedi 17 octobre 2009, par Falila Gbadamassi

Source : afrik.com


Pour en savoir plus,

- Visiter le site d’HP pour en savoir plus sur les projets pilotes.

- Visiter le site de l’Unesco pour en savoir plus sur "The Brain Gain Initiative" et les nouvelles universités qui rejoignent le programme.

- Lire aussi :
Des grilles de calcul pour contrer la fuite des cerveaux en Afrique

[1] Centre de développement des énergies renouvelables (CDER), Alger, Algérie
Création et consolidation d’un « Réseau virtuel » de chercheurs algériens travaillant sur l’énergie solaire dans leur pays et à l’étranger.
L’université KNUT (Kwame Nkrumah University of Science and Technology), Kumasi, Ghana Ce projet concerne le problème de la fourniture et de la gestion de l’énergie.
Université du Nigeria, Nsukka, Nigeria
Développement d’une expertise dans les techniques de culture des tissus des végétaux afin d’élaborer des stratégies visant à accroître et améliorer les récoltes indigènes au Nigeria et à les rendre plus résistantes à la sécheresse, aux maladies et aux insectes.
Université Cheikh Anta Diop, Dakar-Fann, SénégalCréation d’une série de programmes de recherche post-universitaires dans les domaines Science et Technologie, Médecine, Arts et Lettres.
Chinjoyi University of Technology, Chinjoyi, Zimbabwe
La recherche et le développement de technologies capables de répondre aux besoins énergétiques du pays de façon durable constituent l’un des objectifs clés de ce projet.
Source : HP

[2] La grille EGEE est composé de 41 000 unités centrales pour un espace de stockage de cinq millions de gigaoctets accessibles vingt quatre heures sur vingt quatre.
Source : L’atelier.fr

[3] "L’informatique dans les nuages" permet d’externaliser le stockage des données numériques

lundi, 28 septembre 2009

Zain change de cap

Jeune Afrique | Par : Faïza Ghozali


Les nouveaux actionnaires du koweïtien: le malaisien Al-Bukhari et l'Indien VavasiLes nouveaux actionnaires du koweïtien: le malaisien Al-Bukhari et l'Indien Vavasi© Stephen Dorey/Abipp/Alamy/Foto12

En cédant 46 % de son capital, l’opérateur koweïtien renonce à céder ses actifs africains mais récupère 13,7 milliards de dollars en cash.

À défaut de vendre ses actifs africains, l’opérateur koweïtien Zain a créé la surprise en cédant 46 % de son capital. A priori, aucun rapport entre les deux opérations… sauf à regarder de plus près du côté du tiroir-caisse. « La cession de parts répondrait-elle à un besoin urgent des actionnaires de Zain de réaliser une plus-value ? », s’interroge Albert Fondop-Fonkam, président de Fonsali & Cie, spécialisé dans les opérations de banques d’affaires.

Le 31 août dernier, Zain a changé de cap, supprimant les dispositions qui limitaient la participation d’investisseurs étrangers à 5 % de son capital. Une décision rapidement suivie de faits puisque, le 8 septembre, Bader al-Khorafi, dirigeant du groupe du même nom et plus gros actionnaire privé de l’opérateur, précisait le montant de la transaction (13,7 milliards de dollars), les noms des investisseurs (le malaisien Al-Bukhari Group et les indiens Vavasi Group, BSNL et MTNL) et l’échéance de la vente d’ici à quatre mois. Bigre ! À croire qu’il y a urgence.

Coïncidence ? Les 13,7 milliards de dollars en jeu sont proches de ce qu’exigeait Zain pour ses actifs africains (12,5 milliards) qu’il peinait visiblement à vendre, qualifiés de « trop chers » selon un analyste. ­Surtout, ces actifs nécessitent une vaste et coûteuse restructuration managériale. Car si l’Afrique subsaharienne représente 60 % de l’ensemble des abonnés de Zain, elle ne génère que 10 % de sa rentabilité. « C’est une zone qui consomme beaucoup de capitaux », explique le patron de Fonsali & Cie, obligeant le koweïtien à débourser plus de 12 milliards de dollars depuis 2005.

Toutes les options ouvertes

En attendant, la question des accords, notamment de gouvernance, conclus en coulisse entre les actionnaires koweïtiens et les nouveaux arrivants reste ouverte. « Les Indiens ont un savoir-faire sur les marchés à faible Arpu [chiffre d’affaires mensuel moyen réalisé par client, NDLR] », souligne Albert Fondop-Fonkam. Dans ce contexte, les Koweïtiens continueraient de piloter la zone Mena (Moyen-Orient et Afrique du Nord), dont ils sont familiers, et délégueraient ­l’Afrique subsaharienne à leurs alliés indo-malaisiens. Et dans l’hypothèse d’un divorce entre eux, qui provoquerait une scission des actifs, chacun pourrait conserver sa zone d’excellence… « Toutes les options sont ouvertes », résume le patron de Fonsali & Cie.