lundi, 28 janvier 2013

Mali / Entretien

Article publié le : dimanche 27 janvier 2013 - Dernière modification le : dimanche 27 janvier 2013

Tieman Coulibaly: «Après la reconquête, il faudra stabiliser le Mali»

 

Le ministre malien des Affaires étrangères, Tieman Coulibaly, à Bruxelles, le 17 janvier 2013.
Le ministre malien des Affaires étrangères, Tieman Coulibaly, à Bruxelles, le 17 janvier 2013.
AFP PHOTO / JOHN THYS

 



Par Christophe Boisbouvier

Alors que la reconquête de Gao est bien avancée, le président malien Dioncounda Traoré est parti à Addis-Abeba en Éthiopie où il a retrouvé son ministre des Affaires étrangères, Tieman Coulibaly, pour assister au vingtième sommet de l’Union africaine –ouvert ce matin– et à la conférence des donateurs pour le Mali, qui est prévue après-demain mardi 29 janvier. Le chef de la diplomatie malienne est notre invité ce dimanche. Il répond aux questions de l’un de nos envoyés spéciaux à Addis-Abeba, Christophe Boisbouvier.

 

Vous attendiez-vous à un événement militaire aussi rapide à Gao ?

Oui. Il ne vous a pas échappé que l’assistance de l’armée française est arrivée avec du matériel, des soldats bien entraînés et cela a galvanisé les troupes maliennes. En plus de cela, la mobilisation rapide des soldats de la Mission internationale de soutien au Mali (Misma), les Tchadiens et tous les autres, ont quand même créé une motivation supplémentaire.

Est-ce qu’un reflux si rapide des jihadistes ne cache pas quelque chose. N'est-ce pas trop beau pour être vrai ?

Ce n’est pas fini. Gao a été reprise après Konna, Diabaly et Hombori. Mais ce n’est pas fini !

Justement, avec ces opérations de reconquête aussi rapides, la mobilisation de plusieurs milliers d’hommes dans la Misma est-elle toujours d’actualité ?

C’est bien sûr toujours d’actualité. La récupération des grandes villes ne veut pas dire que la mission est terminée. Il y a ces phases opérationnelles qui consistent à nettoyer les grandes villes. Après, il y a la destruction totale du dispositif terroriste et enfin, la phase de stabilisation et la phase de reconstruction. Il faut sécuriser.

Quelle est la somme qu’il faut réunir, à votre avis, lors de la conférence des donateurs mardi prochain à Addis-Abeba ?

Nous avons les besoins militaires pour la Misma, les besoins militaires pour le Mali. Il y a aussi l’énorme défi humanitaire consécutif à la crise : il faut le retour des hôpitaux, il faut rouvrir les écoles, il faut refaire les infrastructures électriques et téléphoniques qui ont été détruites. Tout cela demande beaucoup de moyens.

Ramtane Lamamra, le commissaire Paix et Sécurité de l’Union africaine, parle de 600 à 700 millions de dollars tout compris...

C’est une évaluation qui, effectivement, peut se rapprocher de nos anticipations.

Depuis un an, le Mali a connu beaucoup de tensions à caractère ethnique avec cette reconquête rapide du Nord. Craignez-vous des représailles contre les populations arabo-berbères ?

Que Dieu nous en garde. Le clivage ethnique a été exacerbé et a servi de faux-nez à une entreprise criminelle et terroriste. J’ai de très proches collaborateurs qui sont Arabes, qui sont Touaregs avec qui je n’ai pas de problème ethnique. Mon épouse vient du Nord, a des origines touarègues. Je n’ai pas de problèmes avec ma belle-famille. Quand on parle de problèmes ethniques, les Maliens sont surpris car ceux qui ont pris les armes sont non seulement une minorité parmi la minorité mais en plus de cela, ils ont utilisé ces prétextes ethniques pour lancer un projet criminel.

Vous verrez, une fois que ces régions vont être stabilisées, vous serez surpris de la manifestation de la réalité de la nation malienne dans toutes ses composantes. C’est un défi que les Maliens vont relever. Car depuis quelques jours, nous voyons bien les actes d’intoxication, de manipulation pour essayer de se légitimer sur un autre plan : dans la mesure où les options militaires ne leur sont plus favorables et dans la mesure où certains ont perdu tout crédit, leurs liens indéfectibles avec le grand terrorisme international ayant été établi, c’est très facile après de trouver des arguments par-ci, par-là pour que la communauté internationale déplace le curseur.

Cela dit, nous sommes des humains et nous en appelons à la responsabilité de chacun afin qu’aucun acte de stigmatisation, aucun acte de vengeance ne prenne le pas sur le règlement militaire et judiciaire qui va suivre les problèmes qui ont été les nôtres ces derniers temps. Les Maliens sont responsables. Chacun d’entre nous a des amis dans toutes les composantes ethniques du Mali, a de la famille par mariage ou par voisinage, appelez cela comme vous voudrez. Mais il est inconcevable aujourd’hui pour un Malien de considérer son pays comme en proie à des questions ethniques. C’est inconcevable. Retrouvons-nous dans quelques jours quand nous allons stabiliser les grandes villes Gao, Kidal et Tombouctou, et vous allez voir de quelle manière la nation malienne va se manifester à la face du monde. Je vous en donne ma parole.

Dioncounda Traoré - France - Islam - Mali - Terrorisme - Union africaine

 

Fiche Pays :

 

mercredi, 02 janvier 2013

INTERVIEW

Article publié le : mardi 01 janvier 2013 - Dernière modification le : mardi 01 janvier 2013

Lionel Zinsou: «Il y a de la croissance dans l’économie africaine»

L'Afrique est «décorrélée» en 2013, c’est-à-dire qu’elle a son propre chemin de croissance.
L'Afrique est «décorrélée» en 2013, c’est-à-dire qu’elle a son propre chemin de croissance.
David Baché/Rfi


Par Nicolas Champeaux

Que réserve l'année 2013 au continent africain et à son milliard d'habitants sur le plan économique et social ? Le continent a de quoi se réjouir même si les défis sont légion, à en croire Lionel Zinsou, économiste franco-béninois et président du fonds d'investissements PAI Partners.

RFI : Que faut-il souhaiter à l’Afrique en cette nouvelle année ?

Lionel Zinsou : Vraiment, s’il fallait lui souhaiter une chose (mais il faut lui en souhaiter beaucoup), il faudrait d’abord lui souhaiter la paix, ou au moins la médiation, la négociation dans les quelques conflits latents qui sont en ce moment bien présents dans l’esprit de tous les Africains, où qu’ils soient dans le monde. La paix est vraiment le vœu de l’année.

Au-delà des conflits, quelles bonnes nouvelles se profilent en 2013 pour le continent africain ?

La bonne nouvelle, c'est qu'il y a de la croissance dans l’économie africaine. 2013, c’est une année un peu particulière parce que tous les instituts de prévision pensent qu’on aura à nouveau une croissance de 5% et peut-être même 6%. Ca voudrait dire que l’Afrique échapperait à la morosité européenne et à une croissance mondiale moyenne, ça voudrait dire que l’Afrique est « décorrélée » en 2013, c’est-à-dire qu’elle a son propre chemin de croissance.

On parle beaucoup de croissance, mais la croissance, c’est plus qu’une courbe à 5%. Elle gonfle les rangs de la classe moyenne mais les bidonvilles continuent de se remplir. A 8%, c’est autre chose ?

A 7% ou 8% de croissance, il y a suffisamment à distribuer pour que les plus pauvres et les exclus commencent à rentrer dans le système. Il y a une Afrique des villes qui va un petit peu mieux que l’Afrique des campagnes. Mais surtout, il y a un problème qui est l’Afrique autour des villes, l’Afrique périurbaine.

On a une croissance démographique tellement forte qu’il y a à la fois un peu plus de gens qui sont un peu plus riches, mais il y a aussi un peu plus de gens qui sont exclus et des gens qui ne trouvent pas d’emploi. A 7% ou 8% de croissance, en général, on peut estimer que les économies sont capables de réduire le nombre de pauvres. C’est vraiment le défi non seulement de l’année 2013, mais des dix années qui sont devant nous. Si on ne réussit pas cela, on aura des tensions sociales terribles, des inégalités terribles, une frustration terrible de la jeunesse.

Comment parvenir justement à une croissance à 8% en Afrique et est-ce un vœu totalement fou ?

Dans les dix pays qui ont la croissance la plus forte au monde, tout continent confondu, il y a six pays africains. Vous allez avoir en 2013 le Ghana et la Côte d’Ivoire qui seront à ces niveaux. Puis surtout, il y a une idée ancienne, probablement à ressusciter, qui est celle du panafricanisme. D’ailleurs, l’Union africaine est en train d’avoir une petite poussée de panafricanisme et c’est fondamental !

Quand vous avez des communautés économiques qui fonctionnent, comme c’est en train d’apparaître en Afrique de l’Est, entre la Tanzanie, l’Ouganda, le Kenya, alors vous levez les barrières intérieures, vous vous rassemblez pour faire un marché important, vous créez des infrastructures, des corridors, des voies ferrées, des routes qui vous sont communes, et vous avez à ce moment-là un grand marché intérieur. Ce n’est pas à 54, notamment avec des barrières de toutes sortes, des barrières douanières, qu’on arrive à faire un grand marché.

Vous avez sans doute twitté vos vœux pour 2013, envoyé des cartes de vœux, posté des messages sur Facebook... Quelle est la part des nouvelles technologies, des réseaux sociaux dans cette croissance robuste ?

C’est une fierté pour l’Afrique. L’Afrique compte aujourd’hui avec 500 millions d’abonnés au téléphone portable. Même dans nos régions qui n’ont pas d’électricité, vous trouvez un panneau solaire et une borne à laquelle les gens viennent pour recharger leur téléphone portable. Ca veut dire qu’il y a des nouveaux usages sociaux, beaucoup plus de paiements lorsque que l’on doit assurer les transferts entre la diaspora solidaire et les parents restés dans le pays. Tout cela se fait beaucoup plus que sur les autres continents avec des technologies de téléphone mobile. C’est très important.

Cette modernisation va sauter une génération technologique. Vous pouvez être très loin au fond de l’Afrique, loin des capitales, vous achetez des mots clés de Google et votre production est connue. Vous existez. Ca, c’est une révolution, c’est une nouvelle technologie, c’est créateur d’emplois, mais surtout, ça touche les entreprises et donc ça va développer de l’emploi salarié. Ce qui est une façon comme une autre de rentrer très vite dans l’Histoire.

+ AFRIQUE - Crise économique - Union africaine

lundi, 31 décembre 2012

POLITIQUE

Article publié le : dimanche 30 décembre 2012 - Dernière modification le : lundi 31 décembre 2012

RCA : la Seleka n'exclut plus de rentrer dans Bangui, Bozizé pour un gouvernement de coalition

 

A Bangui, le 28 décembre 2012.
A Bangui, le 28 décembre 2012.
REUTERS/Stringer

 


Par RFI

Alors que le président de l'Union africaine, le Béninois Thomas Boni Yayi, était à Bangui ce dimanche, les rebelles de la Seleka n'excluent plus de rentrer dans la capitale centrafricaine. De son côté, le chef de l'Etat, François Bozizé, appelle à la formation d'un gouvernement d'union nationale et demande pardon au peuple centrafricain pour les violences.

 

Avec Francis Kpatindé

Le chef de l’Etat béninois, Thomas Boni Yayi, président en exercice de l’Union africaine, était ce dimanche 30 décembre au matin à Bangui, où régnait une vive tension, pour tenter de trouver une issue négociée à la crise centrafricaine. L’émissaire béninois est arrivé à un moment où les deux camps semblent plutôt décidés à en découdre. Selon une source proche de l’opposition, des partisans du président centrafricain, François Bozizé, et des soldats de la Garde présidentielle procèderaient depuis hier à des rafles. Principales cibles : des Banguissois appartenant à la communauté Goula, celle-là même qui forme l’ossature des troupes de la Seleka, la rébellion armée, qui, elle, exige désormais – ni plus ni moins – le départ de Bozizé, au pouvoir depuis 2003.

Le rapport des forces, sur le terrain, est, il est vrai, à l’avantage de la Seleka. Si le pouvoir contrôle encore la capitale et l’axe routier qui y conduit en provenance du Nord, la majeure partie du territoire est désormais aux mains de la coalition rebelle, dont le porte-parole international, Eric Neris Massi, alterne, avec une égale maîtrise, la rhétorique diplomatique et le discours de guerre.

 

Le président centrafricain François Bozizé et son homologue béninois Boni Yayi, à l'aéroport de Bangui, le 30 décembre 2012.
AFP PHOTO/ SIA KAMBOU

Positionnés à quelques kilomètres de « Bangui la coquette », les combattants de la Seleka paraissent plus motivés et, jusque-là, plus disciplinés que leurs adversaires qui battent en retraite et délaissent leurs positions devant la fulgurante avancée de l’ennemi. Par ailleurs, aussi bien dans le ton que dans les actes, la rébellion, condamnée à ses débuts, début décembre, semble bénéficier, à défaut d’un soutien public de la communauté internationale, de la neutralité bienveillante d’une partie des pays de la principale organisation régionale, la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC).

François Bozizé demande pardon

François Bozizé

Président de la République centrafricaine

"Je suis prêt à me rendre à Libreville sans délai..."

 

30/12/2012 par Sarah Tisseyre

Dans ces conditions, la marge de manœuvre de Boni Yayi paraît ténue. Selon nos informations, dès sa descente d’avion, il a eu un huis-clos avec son homologue centrafricain dans les salons d’honneur de l’aéroport international Mpoko, sécurisé par les troupes françaises. Il s’est également entretenu avec des diplomates.

A l’issue de l’entretien avec le président béninois, François Bozizé s’est engagé à respecter les décisions des chefs d’Etats de la CEEAC, et veut se rendre sans délai à Libreville dans le cadre du dialogue amorcé par l’organisation régionale. Il souhaite également mettre en place un gouvernement d’union nationale et s’est engagé à ne pas se présenter à la présidentielle de 2016.

Il a aussi profité de cette entrevue pour demander pardon au peuple centrafricain et a invité la classe politique à cesser de faire couler le sang inutilement. Bozizé a présenté des excuses à la France pour les dégâts occasionnés à l’ambassade à Bangui, et se dit prêt à le faire de vive voix à Paris, sur invitation de François Hollande.

François Bozizé

Président de la République centrafricaine

"Je demande pardon à la population centrafricaine qui souffre."

 

31/12/2012 par Sarah Sakho

Le président béninois, lui, n'a pas rencontré de responsables de la Seleka, positionnée à Sibut, encore moins avec l’opposition démocratique. C’est, du moins, ce que nous ont confirmé au téléphone, l’ancien Premier ministre Martin Ziguélé, et Me Nicolas Tiangaye, ancien bâtonnier de l’ordre des avocats et actuel coordonnateur des neuf partis de l’opposition démocratique. « Nous n’avons pas été contactés par la président Yayi Boni », explique Me Tiangaye. Ce dernier confie par ailleurs être désormais, pour sa propre sécurité, « dans la clandestinité ».

Sur le terrain militaire quelle est la situation ?

Les rebelles sont positionnés à Sibut, à 160 kilomètres au nord de Bangui. La force multinationale d'Afrique centrale, la Fomac et les troupes gouvernementales  sont repliées sur le même axe routier à Damara, à 65 kilomètres de la capitale. Damara est le dernier verrou stratégique sur la route de Bangui. Le commandant de la Fomac, le général Jean-Félix Agaka, a déclaré que ses forces ne reculeraient plus, et qu'elles répliqueraient à toute offensive rebelle. La rébellion Seleka s'est engagée de son côté à observer une trêve ce 30 décembre mais la situation est très évolutive en République centrafricaine.

Défense - France - François Bozizé - République centrafricaine - Union africaine - Yayi Boni

 

Fiche Pays :