samedi, 19 décembre 2009

Innocenté par l'ADN après 35 ans de prison

S.B. (lefigaro.fr) avec AFP et AP, 18/12/2009



Bain et son avocat à l'annonce de sa remise en liberté. Crédits photo: AP
Bain et son avocat à l'annonce de sa remise en liberté. Crédits photo: AP


James Bain avait été condamné en 1974 par un tribunal de Floride pour le viol d'un enfant. Il vient d'être libéré.

Après avoir passé trente-cinq ans derrière les barreaux pour un crime qu'il a toujours nié, James Bain est enfin libre. En 1974, un tribunal américain l'avait condamné à la prison à perpétuité pour l'enlèvement et le viol d'un enfant. Après plusieurs tentatives infructueuses, la justice de Floride a accédé à sa demande d'une expertise ADN, qui l'a finalement innocenté. «Je ne sens aucune rancœur», a-t-il déclaré jeudi à la presse. «Je rentre à la maison avec ma famille».

 

Agé de dix-neuf ans à l'époque des faits, Bain avait été condamné en grande partie grâce au témoignage de la victime de neuf ans qui l'avait reconnu parmi une série de photo présentée par les policiers, sans que l'on puisse savoir si le garçonnet avait été influencé d'une façon ou d'une autre par les enquêteurs. James Bain avait toujours nié les faits, expliquant qu'il regardait la télévision avec sa sœur jumelle au moment de l'agression, mais le jury ne l'avait pas cru.

 

Il doit sa libération à Innocence Project of Florida, une structure qui se bat contre les erreurs judiciaires. Depuis 2001, une loi de Floride permet de rouvrir des affaires pour pratiquer des analyses ADN. Au début de l'année, l'association reprend son dossier et parvient à obtenir les fameux tests qui lui avaient été refusés à plusieurs reprises. Des 245 condamnés que l'association a contribué à faire libérer, il est celui qui a passé le plus de temps en détention.

 

«Monsieur Bain, je vais signer cette ordonnance, vous êtes maintenant un homme libre», a déclaré le juge sous les applaudissements de la salle. A cinquante-quatre ans, il a utilisé pour la première fois un téléphone portable, pour annoncer la nouvelle à sa mère. Il percevra une indemnisation du gouvernement de 1,75 millions de dollars, 50.000 dollars pour chaque année passée en prison. Mais pour l'instant, ses rêves sont simples : du soda, du poulet frit, et peut-être, reprendre ses études.

mardi, 15 décembre 2009

Barack Obama demande aux banques de prêter davantage

Pierre-Yves Dugua, correspondant à Washington (lefigaro.fr), 14/12/2009


Le président américain a convoqué ce lundi les patrons de douze grands établissements financiers.

Barack Obama a demandé ce lundi aux patrons des douze plus grandes banques des États-Unis, qu'il avait invités à la ­Maison-Blanche, de prêter davantage pour soutenir la reprise et stimuler l'emploi. C'est à ses yeux une «obligation morale» maintenant que la plupart de ces établissements ont remboursé le Trésor des aides directes qui les ont sauvés de la catastrophe.

 

L'entretien, qu'il a qualifié de «direct et productif», est intervenu quelques heures après qu'il a dénoncé «l'irresponsabilité de banquiers» pressés de toucher aujourd'hui des primes alors que leurs erreurs ont coûté cher au contribuable et plongé le monde dans la crise.

 

La chute du volume de nouveaux prêts bancaires inquiète le président Obama. Il juge qu'elle tient en partie à la réticence des banques à prendre des risques, notamment sur des petites entreprises, historiquement créatrices de l'essentiel des créations d'emplois.

 

Le dialogue direct entre Obama et les banquiers a changé de nature depuis que la situation économique s'est stabilisée et que beaucoup de banques affichent des profits et ont remboursé leurs aides. Citigroup est la dernière en date à le faire. Elle compte rembourser 20 milliards de dollars au Trésor américain. La troisième banque de dépôt des États-Unis échappera ainsi aux limites imposées par l'Administration Obama aux rémunérations de ses employés et dirigeants. Elle suit le modèle de sa rivale Bank of America il y a quelques jours. Wells Fargo et PNC Financial sont les deux dernières grandes banques de dépôt à ne pas avoir négocié leur sortie du régime d'aides ­directes du Trésor.

 


Conditions favorables

Pressée de démontrer sa solidité, Citigroup va profiter des conditions favorables sur les marchés boursiers pour émettre des actions ordinaires à hauteur de 17 milliards de dollars. La banque new-yorkaise placera dans le même temps 3,5 milliards de dollars de titres hybrides. L'opération s'accompagne de la revente par le Trésor de 5 des 30 milliards de dollars en actions de Citigroup qu'il détient.

 

Au début de l'année, la banque, fragilisée par la crise, avait été obligée de laisser l'État fédéral monter dans son capital à hauteur de 34 %. Le reste de la participation sera vendu par le Trésor au cours des six à douze prochains mois.

 

» Citigroup pourrait lever 20 milliards pour rembourser l'Etat

mercredi, 02 décembre 2009

Renforts: les influents soutiens d'Obama

AFP, 02/12/2009


Plusieurs influents élus du Congrès américain se sont déclarés favorables mardi à l'envoi de 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan, dont le président Obama s'apprête à faire l'annonce.


Le leader de la majorité démocrate du Sénat, Harry Reid, a indiqué dans un communiqué que le président doit "présenter (mardi soir) une stratégie aboutie qui va garantir la sécurité des Américains chez eux, démunir Al-Qaïda d'un sanctuaire en Afghanistan et honorer nos troupes et leurs sacrifices quotidiens".


Le président Barack Obama a décidé le déploiement accéléré de 30.000 soldats supplémentaires en Afghanistan, assorti d'un début de retrait des troupes dès la mi-2011.


Le sénateur républicain Kit Bond, qui siège à la commission du Renseignement, s'est pour sa part déclaré "encouragé par le fait que le président a renouvelé la stratégie qu'il avait exposé en mars, une stratégie qui permettra à nos troupes de retrouver le succès et de remettre l'Afghanistan sur la route de la stabilité".


M. Bond a toutefois regretté l'idée d'assortir la nouvelle stratégie d'un calendrier de retrait. "Le président devrait écouter les chefs militaires sur le terrain, pas les généraux de salon à Washington", a-t-il dit.


M. Obama a reçu mardi plusieurs élus mardi à la Maison Blanche pour les informer officiellement de sa nouvelle stratégie avant de s'envoler pour l'école militaire de West Point (nord-est), où il devait prononcer son discours annonçant l'envoi de renforts.

Plus tôt dans la journée, le chef de la majorité démocrate de la Chambre des représentants Steny Hoyer avait fustigé le prédécesseur de M. Obama, George W.

Bush, en affirmant que l'administration de ce dernier avait "tourné les talons" devant l'Afghanistan pour se concentrer sur l'invasion de l'Irak.

"Ils ont commencé quelque chose et n'ont pas terminé, et ils ont laissé le soin à cette administration de tout arranger", a dit M. Hoyer. "Clairement, nous ne commettons pas la même erreur que l'administration Bush", a-t-il dit.

Nicolas Sarkozy salue le discours d'Obama sur l'Afghanistan

Par Reuters, publié le 02/12/2009

 

PARIS - Nicolas Sarkozy a salué mercredi le discours "courageux" de Barack Obama sur l'Afghanistan et réaffirmé l'engagement de la France aux côtés des alliés sans pour autant se prononcer clairement sur l'envoi d'éventuels renforts.


Nicolas Sarkozy a salué mercredi le discours courageux de Barack Obama sur l'Afghanistan et réaffirmé l'engagement de la France aux côtés des alliés sans pour autant se prononcer clairement sur l'envoi d'éventuels renforts. (Reuters/Jean-Paul Pélissier)

Nicolas Sarkozy a salué mercredi le discours "courageux" de Barack Obama sur l'Afghanistan et réaffirmé l'engagement de la France aux côtés des alliés sans pour autant se prononcer clairement sur l'envoi d'éventuels renforts. (Reuters/Jean-Paul Pélissier)

 

Le président américain a annoncé mardi soir l'envoi de 30.000 soldats américains supplémentaires et exhorté les pays membres de la coalition à renforcer également leur contingent.

Alors qu'il avait semblé opposer en début de semaine une fin de non-recevoir aux demandes américaines, le président français a laissé mercredi la porte ouverte à l'envoi de possibles renforts.

Dans un communiqué, il déclare que Paris "examinera sa contribution à la stratégie internationale" après la réunion des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance atlantique, jeudi et vendredi à Bruxelles, et la conférence de Londres sur l'Afghanistan prévue le 28 janvier 2010.

Selon Le Monde, Barack Obama aurait réclamé à la France l'envoi de 1.500 soldats supplémentaires en Afghanistan, un chiffre jugé "extrêmement fantaisiste" par un haut diplomate de l'Otan.

"SOUTIEN RENFORCÉ" AU PAKISTAN

A l'heure actuelle, 3.400 soldats français opèrent sur le sol afghan ainsi que 150 gendarmes dans le cadre d'une mission de la force européenne de gendarmerie et des policiers sous bannière de l'Union européenne.

Nicolas Sarkozy juge dans le communiqué le discours de Barack Obama "courageux, déterminé et lucide" et estime qu'il "donne un nouvel élan dans l'engagement international et ouvre de nouvelles perspectives".

"Le Président de la République lui apporte son plein soutien et appelle tous les pays qui veulent aider le peuple afghan à y adhérer", poursuit le communiqué de l'Elysée.

Le chef de l'Etat réaffirme que Paris donnera "la priorité à la formation des forces de sécurité afghanes" tout en faisant valoir que la France a déjà "fortement accru son engagement civil et militaire depuis deux ans".

Dans un entretien au Figaro en octobre, Nicolas Sarkozy avait dit que la France n'enverrait pas "un soldat de plus" en Afghanistan et que sa conviction était qu'il fallait "davantage de soldats afghans".

"Notre objectif est que les Afghans puissent vivre dans un pays pacifié et souverain. La stabilité de l'Afghanistan comme celle du Pakistan sont essentielles pour la paix du monde et pour notre propre sécurité", ajoute-t-il dans le communiqué.

"C'est pour cela que la France restera fermement engagée, avec ses alliés, aussi longtemps que nécessaire, aux côtés du peuple afghan."

L'Elysée précise que la France va apporter "un soutien renforcé au Pakistan voisin dans sa lutte contre les forces de déstabilisation qui menacent toute la région", sans donner de détails sur la nature de cette assistance.

Clément Dossin

Obama envoie 30.000 soldats de plus en Afghanistan

Laure Mandeville, correspondante à Washington (lefigaro.fr), 02/12/2009



Selon le commandant des forces américaines et de l'Otan en Afghanistan, l'envoi de 30.000 hommes lui fournira les «ressources» nécessaires pour mener à bien sa mission.
Selon le commandant des forces américaines et de l'Otan en Afghanistan, l'envoi de 30.000 hommes lui fournira les «ressources» nécessaires pour mener à bien sa mission. Crédits photo : AFP


Après de longues semaines de réflexion, le président américain a dévoilé cette nuit son plan pour sortir de ce long conflit, et annoncé un début de retrait dès 2011.

Peut-on gagner une guerre en annonçant l'heure de la fin de la bataille ? La question faisait déjà rage mardi sur les télévisions américaines, après le discours prononcé dans la soirée par le président Barack Obama sur sa stratégie en Afghanistan. Intervenant devant les élèves de l'Académie West Point, le chef de l'Etat a annoncé que 30.000 hommes supplémentaires seraient envoyés sur le terrain afghan car il y va «de l'intérêt national américain», précisant que ce nouveau déploiement se ferait de manière accélérée pour tenter de frapper fort et vite. Mais après avoir défendu cet effort massif, qui indispose beaucoup de ses partisans du camp démocrate, le chef de l'Etat américain s'est empressé d'ajouter que les troupes américaines commenceraient leur retrait dès l'été 2011, soit dix-huit mois plus tard. Une précision susceptible de plaire à l'opinion publique fatiguée d'une guerre qui dure depuis 2001, mais qui devrait susciter critiques et inquiétudes chez les experts et les militaires qui plaident pour un engagement de long terme.

 

«Je ne prends pas cette décision à la légère», a martelé Barack Obama à propos de sa décision d'engager de nouvelles troupes, dans un discours souvent grave, en rendant longuement hommage au sacrifice des militaires et de leurs familles. «Si je ne pensais pas que la sécurité des Etats-Unis et celle des Américains est en jeu… demain je donnerai avec joie l'ordre à tous les soldats jusqu'au dernier de rentrer», a précisé le président. Evoquant l'historique de l'engagement américain en Afghanistan en 2002 en riposte aux évènements du 11 septembre , le président a rappelé qu'al-Qaida restait une menace susceptible de frapper les intérêts américains et alliés et que cette menace justifiait le combat que mènent l'Amérique et 42 autres pays sur le théâtre afghan. Al-Qaida prépare «de nouveaux attentats à l'heure où je vous parle», a-t-il prévenu, appelant à «faire «face» aux terroristes.

 


Intensifier la formation de l'armée afghane

 

Crédit photo : AP.
Crédit photo : AP.

Le président s'est aussi employé à expliquer très longuement que l'objectif militaire - visant à démanteler, débander et détruire al-Qaida - devait s'accompagner d'un processus intensif et massif de formation de l'armée afghane, pour lui permettre de prendre en charge la sécurité de son pays le plus vite possible. «Nous voulons être votre partenaire, pas votre patron», a-t-il ajouté, s'adressant cette fois aux Afghans et répétant que l'Amérique n'avait nullement l'intention de rester en Afghanistan, car elle devait s'occuper de reconstruire sa propre économie. A cet égard, Barack Obama a expliqué que le surge militaire et la formation de l'armée et de la police afghane (qui reste le maillon le plus faible et le plus nécessaire du dispositif de sécurité), s'accompagnerait d'une assistance civile au gouvernement central d'Hamid Karzaï. Mais il a clairement laissé entendre que ce dernier devrait respecter ses engagements à lutter contre la corruption et améliorer le fonctionnement du pays, en échange. «L'époque du chèque en blanc est révolue», a-t-il prévenu dans un avertissement particulièrement sec, précisant que l'Amérique expliquerait clairement «ce qu'elle attend de ceux qu'elle aide».

 

Dernier point clé du discours d'Obama : le Pakistan. Le président a beaucoup insisté sur l'importance cruciale, pour le succès de la stratégie afghane de la coalition, d'un «partenariat efficace» des Etats-Unis avec le Pakistan. «Nous allons agir en étant parfaitement conscients que notre succès en Afghanistan est lié inextricablement à notre partenariat avec le Pakistan», en butte aux extrémistes et où la hiérarchie d'al-Qaida se cache selon toute vraisemblance, a-t-il scandé, appelant à formuler une stratégie qui marche des deux côtés de la frontière. Le président a également appelé à une mobilisation de ses alliés et à de nouvelles contributions à l'effort de guerre. «Cette guerre n'est pas la guerre de l'Amérique», a-t-il dit.

 


Le spectre d'un nouveau Vietnam

Réagissant au discours de West Point, le général Mc Chrystal, commandant des forces américaines et de l'Otan en Afghanistan, a salué l'annonce de l'envoi de 30.000 hommes, soulignant que cette décision lui fournissait les «ressources» nécessaires pour mener à bien sa mission.

Mais deux types de critiques semblent d'ores et déjà émerger, l'une venant plutôt de la droite et l'autre de la gauche. Dans le camp démocrate, beaucoup avertissent contre le spectre d'un nouveau Vietnam et s'étonnent d'un engagement massif qui va peser sur les finances de l'Etat alors que l'économie est en crise et le chômage à plus de 10%. Mardi, le président a reconnu que les renforts supplémentaires grèveraient le budget de l'Etat de trente milliards de dollars cette année et qu'il en discuterait avec le Congrès pour savoir comment concilier cette dépense avec la rigueur budgétaire qu'il recherche. Mais il a refusé la comparaison avec le Vietnam, jugeant qu'elle reposait sur «une lecture erronée de l'histoire».

 

Si les Républicains semblent beaucoup plus en phase avec le président sur la nécessité de donner aux généraux américains les renforts qu'ils réclament, ils ont en revanche exprimé leur hostilité à toute annonce d'une date de départ des troupes. En annonçant un début de retrait dès 2011, dans dix-huit mois, le risque est d'envoyer aux ennemis talibans et aux alliés afghans et pakistanais, le message que l'Amérique ne sera pas là pour longtemps. «L'Histoire montre que si l'on fixe une date de départ, l'ennemi attend que l'on parte» pour s'emparer du terrain, prévenait fin novembre le sénateur américain John McCain lors d'un forum sur la sécurité à Halifax, au Canada. «Pour qu'une campagne aux tenants et aboutissants aussi complexes réussisse, il faut être prêt «à être très patient», confiait pour sa part mardi un ancien militaire spécialiste de la contre-insurrection. Le calendrier annoncé mardi ne va pas en ce sens. «L'absence d'un calendrier de transition annihilerait le sentiment d'urgence à travailler avec le gouvernement afghan», s'est justifié Obama. Pour lui, «il est clair que les Afghans doivent assumer la responsabilité de leur sécurité, et que les Etats-Unis n'ont aucun intérêt à livrer un combat sans fin en Afghanistan».

 


VIDÉO - Le discours de Barack Obama en intégralité

 


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lundi, 23 novembre 2009

Le réquisitoire de McCain contre Obama

Propos recueillis à Halifax (Canada) par Laure Mandeville (lefigaro.fr), 23/11/2009



Selon John McCain, l'indécision d'Obama sur l'Afghanistan «adresse à nos alliés et à nos adversaires le message que nous hésitons».
Selon John McCain, l'indécision d'Obama sur l'Afghanistan «adresse à nos alliés et à nos adversaires le message que nous hésitons». Crédits photo : Georges Merillon

INTERVIEW - Son ancien rival porte un jugement sans concession sur le bilan du président américain, après presque un an de pouvoir. Sur l'Afghanistan, l'Iran, le Proche-Orient, la Russie ou la Chine : «Peut mieux faire». «Vu l'émergence de la Chine et de l'Inde, l'Union européenne et les États-Unis vont devoir se rapprocher encore»

En marge du premier Forum sur la sécurité internationale d'Halifax, conférence organisée par le Canada et le German Marshall Fund, le sénateur républicain John McCain, 73 ans, ancien rival de Barack Obama pour la présidence, a accordé une interview au Figaro et à trois autres quotidiens européens (Süddeutsche Zeitung, Tagesspiegel et Gazeta Wyborcza).

LE FIGARO. - Alors que la décision du président Obama sur l'Afghanistan est maintenant une question de jours, beaucoup d'analystes comparent sa situation à celle du président Johnson au moment de l'engagement au Vietnam. Cette comparaison vous paraît-elle pertinente, à vous qui avez combattu au Vietnam ?

John McCAIN. - Les comparaisons entre les guerres sont rarement pertinentes, et elles dépendent de votre interprétation de la guerre. Mais les faits sont têtus. Quand les Nord-Vietnamiens ont envahi le Sud-Vietnam et qu'ils ont obtenu une aide massive de la Russie et de la Chine, il n'y avait plus de soldats américains au Vietnam. Nous avions terminé le retrait de nos forces. Vous n'apprendrez jamais ça à travers la description faite par la gauche américaine de la guerre du Vietnam. Dans les premiers temps de la campagne au Vietnam, on a mis en œuvre la tactique de Westmoreland consistant à «trouver et détruire l'ennemi», qui a échoué. Puis le général Abrahams est arrivé, il a lancé la vietnamisation, puis a retiré les troupes américaines. Prenons l'Irak : là aussi, la tactique inefficace de Westmoreland a été mise en œuvre par le général Casey et le secrétaire à la Défense Rumsfeld. Puis, le président Bush a eu le courage d'appeler le général Petraeus et le surge (envoi de renforts) a eu lieu. La vietnamisation avait marché, le surge a marché. Le surge peut marcher et marchera en Afghanistan si on y met les ressources suffisantes et si l'on convainc l'ennemi qu'on terminera notre mission avant de donner une date de départ. On gagne une guerre en brisant la volonté de l'ennemi. Et ce n'est pas en annonçant qu'on va partir qu'on y parvient !

Vous avez critiqué le président pour la lenteur de sa décision. Pourquoi ne pas lui laisser le temps de la réflexion ?

Le président a le droit de prendre son temps. Mais il y a deux problèmes. Le premier, c'est qu'une stratégie a été annoncée en mars. On a dit au peuple américain qu'on allait s'engager dans une stratégie de contre-insurrection. Puis, avec ce report de la décision - qui n'est pas vraiment de sa faute -, la population est sur le gril. Une attente aggravée par des fuites constantes dans la presse et des débats qui percent de l'intérieur de l'Administration. On a même eu la publication d'une dépêche de notre ambassadeur à Kaboul mettant en cause l'envoi de renforts ! Cette situation adresse à nos alliés et à nos adversaires le message que nous hésitons. Même nos militaires en sont ébranlés. Pendant la cérémonie qui a suivi la tragédie de Fort Hood, des sergents sont venus me voir et m'ont dit : «Sénateur McCain, nos hommes meurent. Allons nous y aller ou partir ?» On n'est pas dans un exercice statique et académique. La situation est bien réelle et elle se détériore, selon nos généraux. Cette détérioration signifie que les pertes augmentent, et que nous devons donc, soit inverser ce mouvement, soit partir. Reporter pendant des mois la décision est quelque chose que je préférerais que le président ne fasse pas. Mais bientôt, ce retard ne sera plus qu'un détail de l'histoire, puisque l'on dit que le président va annoncer sa décision après Thanksgiving (jeudi prochain, NDLR).

Que pensez-vous de la politique russe de la nouvelle Administration ?

Je trouve parfois amusant que nous nous accrochions à des fragments de phrases du président Medvedev pour nous persuader qu'il y a une percée majeure dans nos discussions. Nous savons très bien qui gouverne la Russie. Et nous savons qu'il (Vladimir Poutine, NDLR) est sur une ligne dure. Nous savons qu'il continue d'y avoir des violations des droits de l'homme, que des avocats meurent en prison et que des activistes sont abattus dans la rue.

Y a-t-il une forme de naïveté dans la politique étrangère d'Obama sur la Russie ou sur l'Iran ?

Je ne suis pas sûr de pouvoir la qualifier de naïve. Mais je peux dire qu'elle n'a pas de succès pour l'instant. Beaucoup d'entre nous avaient prédit qu'il n'y aurait pas de sérieuse contre-offre des Iraniens sur le nucléaire. On leur a en réalité donné un forum global pour exposer leurs vues radicales. De la même manière, je n'ai jamais pensé que les remarques de Medvedev à New York sur d'éventuelles sanctions contre l'Iran avaient une vraie substance. Beaucoup d'entre nous continuent de dénoncer l'attitude autocratique de M. Poutine et s'inquiètent de ses ambitions dans son «étranger proche», notamment en Ukraine et en Géorgie. Je ne crois pas qu'une nouvelle guerre froide va commencer. Mais je prévois une Russie plus affirmée dans la région et une répression grandissante des droits de l'homme.

Pensez-vous que l'Europe sous-estime l'agressivité de la Russie ? Faut-il être plus dur avec Moscou ?

La question n'est pas d'être dur. Mais de défendre les droits de l'homme comme nous l'avons toujours fait. Il faut négocier avec les Russes. Nous avons des négociations en cours sur les accords Start de désarmement. Mais la défense des droits de l'homme reste fondamentale alors que nous célébrons le 20e anniversaire de la chute du Mur. Pourquoi ce mur est-il tombé ? L'une des raisons, c'est que Reagan a dit : «Abattez ce mur M. Gorbatchev.» Les Russes sont sur le chemin de l'autocratie. Nous en parlons à voix haute. Cela ne veut pas dire que nous déclarons la guerre. Ronald Reagan n'a pas déclaré la guerre à la Russie.

Mais il y a eu la guerre en Géorgie et un échec de l'Occident et de l'Otan à l'empêcher.

Avec tout le respect que je dois au président Sarkozy, il s'est rendu sur place, a négocié un accord pour un cessez-le-feu et l'a présenté comme un grand succès. Pourtant, les Russes ne respectent toujours pas cet accord. Ce genre de négociation de crise exige plus qu'une simple séance photo. Les Russes occupent toujours des territoires en violation du cessez-le-feu et s'y livrent à des provocations. Ils ont reconnu l'Abkhazie et l'Ossétie du Sud comme des pays indépendants, en violation du droit international.

S'il n'y avait pas eu ce cessez-le-feu, les Russes auraient pu prendre Tbilissi…

Peut-être. Mais alors, pourquoi ne pas dire la vérité : on a permis d'avoir un accord qui a empêché ce scénario, mais les Russes ne respectent pas l'accord qu'ils ont accepté ! Le président Sarkozy ne peut se contenter de dire que le problème est réglé.

Préféreriez-vous une position plus dure sur les droits de l'homme de l'Administration Obama vis-à-vis de la Chine ?

Oui. Ce président est le premier à ne pas avoir rencontré le dalaï-lama. La secrétaire d'État, Hillary Clinton, avant sa première visite en Chine, a dit qu'elle n'allait pas parler des droits de l'homme. La manière dont a été orchestrée la visite en Chine du président Obama est quelque chose que je n'aurais jamais accepté. Je n'ai jamais tenu de conférence de presse où je ne prenais pas de questions… J'ai vu nombre de visites de présidents américains, je n'en avais jamais vu une où l'on se contente de parler des progrès entre les deux pays, sans ramener le moindre accord concret.

Vous critiquez beaucoup la politique étrangère d'Obama. Quels en sont les aspects positifs ?

Le président Obama est une personnalité extrêmement charismatique. Il est très intelligent et enthousiasmant. Il a lancé un message au monde pour dire que nous voulions coopérer et il a été reçu très chaleureusement partout. J'apprécie son talent. Mais je sais aussi que si vous dites aux Israéliens qu'il faut geler les colonies, que ces derniers refusent, que les pays arabes disent qu'ils ne viendront pas aux négociations, et qu'alors vous dites aux Israéliens qu'ils n'ont pas besoin de geler les colonies, il y a problème… Je n'aurais jamais dit aux Israéliens qu'ils devaient geler la colonisation à moins d'être sûr de pouvoir garder cette ligne. Comprenez-moi. Je veux soutenir le président des États-Unis. S'il prend la bonne décision sur l'Afghanistan, je serai là pour le soutenir. Mais j'essaie de dire respectueusement ce qui me semble être la bonne voie pour le pays.

Le Parti républicain fait face à un dilemme déchirant : consolider sa base conservatrice au risque de rester minoritaire, ou s'élargir vers le centre ?

Nous avons perdu deux élections de suite. Des défaites lourdes. Après de tels échecs, il y a toujours une période de débat. C'est sain. Ce qui attire l'attention de nombreux républicains, c'est le résultat des élections de Virginie et du New Jersey. Des candidats républicains qui avaient des lettres de créance conservatrices se sont concentrés sur les problèmes concrets de leurs États : les emplois ! Aucun des deux n'a fait de commentaire sur l'avortement. Ils ont compris qu'il fallait parler emplois, prêts aux PME, aides. Ils ont gagné.

Il y a longtemps eu une tradition de travail bipartisan au Congrès des États-Unis. Mais, vu la férocité des attaques qui fusent, ce temps paraît bien révolu.

Je le regrette sincèrement. Mais ce qui se passe en Amérique, c'est l'émergence d'un mouvement indépendant qui n'est satisfait par aucun des deux camps. Cette frustration s'est exprimée pendant les dernières élections. Les électeurs indépendants du New Jersey qui avaient voté Obama n'ont pas voulu du candidat démocrate un an plus tard. S'affirme aujourd'hui un mouvement de colère, qui n'a pas décidé où il veut aller. Ce réservoir de votes indépendants fait que nous ne savons pas ce qui va se passer. En Arizona, mon État, le taux de chômage est de 17 % ! Un enfant sur cinq a faim aujourd'hui en Arizona. Le climat politique en est complètement changé.

Le président Obama a-t-il surestimé le mandat donné par la population pour réformer le pays, sur la santé, le climat, l'énergie ?

Depuis que le président a été élu, la question numéro un n'est pas seulement l'économie, mais les dépenses. Le déficit budgétaire inquiète. Voilà pourquoi les gens sont soucieux quand il propose une réforme de la santé qui va coûter plus de mille milliards de dollars. Depuis son arrivée, il y a une implication excessive de l'État. Personne n'aurait pu imaginer que l'État fédéral deviendrait propriétaire de General Motors et de Chrysler. On a aussi un niveau de colère que je n'avais jamais vu jusqu'ici, entre Main Street (le pays réel) et Wall Street. Wall Street fait des profits obscènes, tandis que Main Street ferme ses petites entreprises par milliers. La colère est réelle.

Si le président passe sa réforme de la santé comme prévu, peut-il mettre sur le tapis la législation sur le climat en 2010, au vu de cette colère ?

Le président fera la seule chose qu'il puisse faire. Quand vous avez un chômage qui atteint 10 % et des économistes qui prévoient au moins une année avec la même tendance, vous devez vous en préoccuper en priorité. L'Amérique est très préoccupée par le changement climatique, mais elle est profondément perturbée par le chômage.

Une Chine en pleine ascension, une Amérique en déclin… Vous êtes d'accord ?

La Chine s'achemine vers un statut de superpuissance. La question est de savoir si cette accession sera pacifique et mutuellement bénéfique ou si elle débouchera sur une confrontation. Je vois deux visages de la Chine. Une Chine qui s'implique positivement sur la scène internationale. Et une autre Chine, qui a toujours une attitude particulière vis-à-vis de Taïwan et continue de réprimer les droits de l'homme. Laquelle émergera, ce n'est pas clair. Mais les Chinois sont des gens pratiques. À mon avis, ils agiront pacifiquement parce que c'est leur intérêt économique. L'émergence de conflits en Asie ne serait pas une bonne chose pour une Chine qui doit nourrir une population de 1,3 milliard d'hommes.

Et le déclin de l'Amérique ?

J'ai déjà entendu ça bien des fois, sous Carter par exemple… Mais je pense que notre pays a une grande capacité de résilience. Nous sortirons plus forts de cette crise. Mais je sais aussi que, vu l'émergence de la Chine et de l'Inde, l'Union européenne et les États-Unis vont devoir se rapprocher plus encore.

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lundi, 16 novembre 2009

En Chine, le plaidoyer d'Obama en faveur d'Internet

Marion Brunet (lefigaro.fr) avec notre correspondant Arnaud de la Grange, 16/11/2009


Barack Obama lors d'un discours lundi 16 novembre devant des étudiants chinois à Shanghaï.
Barack Obama lors d'un discours lundi 16 novembre devant des étudiants chinois à Shanghaï. Crédits photo : AP

En visite officielle, le président américain a souligné lundi que la Chine et les Etats-Unis «n'avaient pas à être des adversaires», tout en insistant sur la liberté d'expression, de culte et d'information.

Fidèle à sa ligne depuis le début de son mandat, Barack Obama a plaidé une nouvelle fois lundi matin pour une coopération accrue entre les Etats-Unis et la Chine lors d'un discours devant un parterre d'étudiants chinois réunis à Shanghaï pour sa première visite d'Etat. Arrivé dimanche soir dans le cadre de sa tournée asiatique, le président américain a affirmé que les deux pays «n'avaient pas à être adversaires», expliquant que de bonnes relations bilatérales pourraient apporter la « prospérité et la paix dans le monde ».

Pour son premier discours chez son grand partenaire et rival, Barack Obama a souhaité rendre hommage à la Chine «majestueuse», avant d'aborder le sujet sensible des droits de l'homme. «Les libertés d'expression et de culte et l'accès à l'information, sont, nous le pensons, des droits universels», a-t-il expliqué. «Ils devraient être accessibles à tous, y compris aux minorités ethniques et religieuses, que ce soit aux Etats-Unis, en Chine, ou ailleurs». Un discours retransmis en direct par la télévision de Shanghaï, et non la télévision nationale comme certains discours des prédécesseurs de Barack Obama. Et avec le léger décalage qui peut permettre aux censeurs d'intervenir.

Le président américain a déclaré que les sites de socialisation comme Twitter devraient être partout disponibles. «J'ai toujours été un partisan fervent de l'internet. Je suis un partisan farouche de l'absence de censure», a-t-il expliqué. Twitter, tout comme le site de socialisation Facebook, a été bloqué par les autorités chinoises depuis les émeutes meurtrières du Xinjiang musulman (nord-ouest) en juillet dernier.

 

Des étudiants triés sur le volet

Les modalités de cette rencontre avec des étudiants ont fait l'objet, jusqu'à la dernière minute, de délicates négociations entre la Maison-Blanche et les autorités chinoises. Les jeunes présents ont été triés sur le volet par les chefs de département des universités de la région de Shanghaï. Fait inhabituel en Chine, où la Toile est étroitement contrôlée par le pouvoir, plusieurs milliers de questions à Barack Obama ont été postées sur Internet entre vendredi et samedi à l'appel de deux médias très officiels : l'agence de presse Xinhua et Le Quotidien du peuple. Certaines d'entre elles ont été sélectionnées pour être posées lors de la rencontre.

A l'issue de cette rencontre, le président américain s'est envolé pour Pékin où il rencontrera mardi son homologue chinois Hu Jintao, puis, mercredi, le premier ministre, Wen Jiabao. En marge des rencontres officielles, Barack Obama doit également visiter les deux hauts lieux de la Chine historique que sont la Cité interdite et la Grande Muraille. Et sur un plan plus personnel, il doit rencontrer son demi-frère, qui vit depuis sept ans dans le sud de la Chine.

Cette halte de trois jours en Chine est considérée comme le point fort de la tournée asiatique, de Barack Obama qui l'a déjà mené au Japon, à Singapour, et le conduira ensuite en Corée du Sud. Car malgré trente années de liens diplomatiques, les relations restent compliquées entre les deux pays. Certes, la Chine est un grand marché pour les produits américains, mais la balance commerciale est déséquilibrée. Et si les deux armées coopèrent, les Etats-Unis s'inquiètent de la montée en puissance de leur partenaire.

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samedi, 14 novembre 2009

Le cerveau du 11 Septembre sera jugé à New York

Renaud Girard (lefigaro.fr), 13/11/2009


Le cerveau des attentats du 11 Septembre 2001 aux États-Unis, Khaled Cheikh Mohammed, et ses complices risquent la peine de mort.
Le cerveau des attentats du 11 Septembre 2001 aux États-Unis, Khaled Cheikh Mohammed, et ses complices risquent la peine de mort.Crédits photo : AP

Cette comparution devant un tribunal civil est considérée comme une «énorme erreur» par les familles des 3 000 victimes.

L'Administration Obama a annoncé que Khalid Cheikh Mohammed, le cerveau des attentats terroristes du 11 septembre 2001 aux États-Unis, ainsi que quatre autres détenus de Guantanamo seraient prochainement jugés par un tribunal civil de New York.

Khalid Cheikh Mohammed, à qui Oussama Ben Laden avait donné le surnom d'« al-Mokh » (le Cerveau), a été arrêté à Rawalpindi (Pakistan), dans la nuit du 28 février 2003 au 1er mars 2003, par un commando conjoint d'agents de la CIA et de l'ISI (services secrets militaires pakistanais).

Il a fait partie de la trentaine de « détenus fantômes » que la CIA a maintenus au secret dans son réseau de prisons secrètes hors des États-Unis afin de les soustraire au système judiciaire américain.

En septembre 2006, George W. Bush a annoncé le transfert vers le camp de Guantanamo et le prochain jugement de quatorze responsables d'al-Qaida, dont Khalid Cheikh Mohammed.

En mars 2007, les auditions devant une commission militaire (établie par le Military Commissions Act de 2002) ont débuté. Au cours de celles-ci, Khalid Cheikh Mohammed a reconnu avoir été le responsable opérationnel non seulement des attentats du 11 Septembre, mais aussi de l'attentat de 1993 dans les sous-sols du World Trade Center, de celui contre la frégate USS Cole au Yémen en 2000, et de la décapitation du journaliste du Wall Street Journal Daniel Pearl, en 2002.

Son procès par un tribunal militaire américain dans la base navale de Guantanamo avec quatre autres coaccusés commença le 5 juin 2008. Il refusa les avocats commis d'office en confiant au juge qui lui rappelait qu'il risquait la peine capitale : « C'est ce que je veux, cela fait longtemps que je veux être un martyre. »

 

La Maison-Blanche maladroite

Le 22 janvier 2009, deux jours après sa cérémonie d'investiture, le président Barack Obama ordonna la suspension de tous les procès tenus par les commissions militaires de Guantanamo. Il promit également la fermeture de la base dans un délai d'un an, parce que son existence « avait gravement compromis l'image des États-Unis à l'étranger ».

La comparution des cinq hommes accusés d'avoir organisé les attentats du 11 Septembre devant un tribunal de droit commun à New York constituerait une « énorme erreur », a déclaré hier à l'AFP un groupe représentant les familles des 3 000 victimes. Bien que la peine de mort sera requise par le ministère public, les familles des victimes estiment qu'un procès au civil risque de faire la part trop belle aux terroristes. Les avocats de la défense auront beau jeu de rejeter la validité d'aveux « obtenus sous la torture ». Le chef de la CIA avait reconnu en 2008 que Khalid Cheikh Mohammed avait été soumis à 183 séances de water boarding, sorte de supplice de la baignoire sophistiqué.

Depuis un an, la Maison-Blanche a essayé maladroitement de concilier deux impératifs contradictoires : le rétablissement d'une procédure judiciaire respectant les valeurs humanistes américaines (qui bannissent tout usage de la torture par les agents des États-Unis) et le maintien de la sécurité du pays. Dans les rafles de 2001 et 2002 (principalement en Afghanistan) qui alimentèrent le camp de Guantanamo, il se trouva un certain nombre d'innocents, mais aussi beaucoup d'authentiques djihadistes. Certains qui avaient été libérés faute de preuve il y a trois ans ont réapparu plus tard aux côtés des talibans, dans des postes de responsabilité dans l'insurrection contre l'Isaf et le gouvernement Karzaï.

 

Campagne sécuritaire

Lorsqu'il annonça la fermeture du camp de Guantanamo, Obama crut sans doute faire un bon coup médiatique. Il se retourne aujourd'hui contre lui, car ses adversaires républicains ont lancé avec succès, au Congrès, une campagne sécuritaire contre la présence de terroristes sur le sol des États-Unis, même s'il s'agit de prétoires ou de prisons de haute sécurité. L'Administration Obama n'a donc pas réussi à tenir les délais pour une fermeture de Guantanamo, que personne n'envisage possible avant le mois de juillet 2010.

Un événement, qui eût été anodin en d'autres circonstances, est venu renforcer l'impression de « flottement dans le manche » à la Maison-Blanche sur cette question. Gregory Craig, l'homme en charge du dossier en sa qualité de Counsel (conseiller juridique et avocat de la présidence), a démissionné hier. La raison invoquée est son désir de retourner dans le secteur privé. Le problème est que, à Washington, personne ne croit à cette version officielle.

jeudi, 12 novembre 2009

Renforts en Afghanistan : Obama fait pression sur Karzaï

Flore Galaud (lefigaro.fr) avec agences, 12/11/2009


Ce conflit a déjà tué plus de 800 soldats américains.
Ce conflit a déjà tué plus de 800 soldats américains. Crédits photo : AFP

L'ambassadeur américain à Kaboul se dit très réservé sur l'envoi de troupes supplémentaires en Afghanistan, tant que la corruption n'est pas jugulée. Un avis que le président américain a pris en compte lors d'un conseil de guerre cette nuit.

L'ambassadeur américain à Kaboul s'est montré très clair, révèle le Washington Post. Karl Eikenberry a fait connaître mercredi à Barack Obama peu avant un conseil de guerre à la Maison-Blanche ses réticences face au déploiement de renforts en Afghanistan. Selon le quotidien, l'ambassadeur se montre très réservé sur cette question tant que le gouvernement afghan n'aura pas montré qu'il peut éliminer la corruption, qui a permis une résurgence des talibans dans le pays. Karl Eikenberry aurait également évoqué des inquiétudes quant au comportement imprévisible d'Hamid Karzaï.

Des craintes que le président américain semble avoir pris en compte, compte tenu des déclarations faites mercredi soir, à l'issue de ce conseil de guerre, par un haut responsable américain. «Le président pense qu'il faut signifier clairement au gouvernement afghan que notre engagement n'est pas illimité» a-t-il indiqué, sous couvert d'anonymat. «Après des années au cours desquelles les Américains se sont investis de manière substantielle, la gouvernance en Afghanistan doit s'améliorer dans un délai raisonnable pour que nous réussissions à transférer les responsabilités à notre partenaire afghan».

 

«Karzaï n'est pas erratique», répond Kaboul

Pendant plus de deux heures mercredi, Barack Obama a examiné avec attention les différentes stratégies possibles en Afghanistan en compagnie de son vice-président Joe Biden et ses principaux ministres, généraux et conseillers. Il n'aurait pour l'heure pas encore pris de décision. Selon l'agence AP, le président n'aurait en effet pas été convaincu par les propositions qui lui ont été faites. Pour autant, Barack Obama devrait se décider d'ici quelques semaines, a indiqué son porte-parole Robert Gibbs. Son homologue britannique Gordon Brown, partenaire clé en Afghanistan, assure de son côté qu'il ne s'agit que d'une question de jours. La tâche du président américain est d'autant plus délicate que l'opposition va grandissante chez les Américains face à une guerre qui, en plus de huit ans de combats, a déjà coûté la vie à plus de 800 soldats américains.

Kaboul a répondu jeudi aux craintes américaines, tout en pointant du doigt la responsabilité internationale. « Nous sommes sérieux dans cet engagement [contre la corruption, ndlr] vis à vis de la communauté internationale», a indiqué un porte-parole de la présidence, Siamak Herawi. «Mais en même temps, nous voulons que la communauté internationale fasse davantage pour éliminer la corruption qu'elle génère à travers l'aide qu'elle verse. Elle doit éliminer la corruption qui existe dans les systèmes actuels de contrats». Le porte-parole a également réagi aux attaques concernant Hamid Karzaï. «Le président Karzaï n'est pas erratique. C'est lui qui a réussi à maintenir l'unité du pays et empêcher le retour à la guerre civile. Il a essayé d'être un partenaire loyal de la communauté internationale tout en veillant dans le même temps à la sauvegarde des intérêts de l'Afghanistan», a-t-il assuré.

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mercredi, 11 novembre 2009

Nétanyahou crispe autant Washington que Paris

Adrien Jaulmes - Correspondant à Jérusalem (lefigaro.fr), 10/11/2009

Benyamin Nétanyahou été reçu entre deux portes par Barack Obama, lundi soir à la Maison-Blanche.
Benyamin Nétanyahou été reçu entre deux portes par Barack Obama, lundi soir à la Maison-Blanche. Crédits photo : AP

Un «vrai différend politique» oppose Nicolas Sarkozy et le premier ministre israélien attendu aujourd'hui à Paris.

Les espoirs soulevés par Barack Obama au Proche-Orient sont retombés comme un soufflé. Le processus de paix israélo-palestinien était depuis longtemps déjà un processus sans paix. Il n'y a à présent plus de processus du tout. Benyamin Nétanyahou a été reçu lundi soir entre deux portes par Obama à la Maison-Blanche. La réunion s'est déroulée à huis clos, après que les Américains ont confirmé l'invitation à la dernière minute : pas de photos, pas de déclarations communes, comme c'est l'habitude. Le premier ministre israélien a eu beau appeler à une reprise des négociations lundi à Washington devant l'Union des communautés juives quelques heures avant sa rencontre avec Obama, la Maison-Blanche a eu beau expliquer qu'« aucune conclusion ne devait être tirée du délai d'organisation de la rencontre », la crispation des relations israélo-américaines est patente.

Il en est de même avec la France, où Nétanyahou est attendu aujourd'hui. Le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a reconnu hier qu'un « vrai différend politique » existait entre Nétanyahou et Nicolas Sarkozy. « Nous pensons toujours que le gel de la colonisation, c'est-à-dire ne pas coloniser pendant qu'on parle, serait indispensable », a ajouté le ministre. Bernard Kouchner a aussi déploré la disparition en Israël d'« aspiration à la paix », « comme si on n'y croyait plus ».

Kouchner doit se rendre prochainement en Israël et dans les Territoires palestiniens. Déjà prévue il y a trois semaines, cette visite avait été annulée pour des raisons d'organisation, mais aussi vraisemblablement à cause des désaccords entre les deux pays.

Les autorités israéliennes ont peu apprécié la lettre commune adressée par Nicolas Sarkozy et le premier ministre britannique, Gordon Brown, demandant l'ouverture d'une enquête indépendante sur l'opération de Gaza, après la publication du rapport Goldstone mettant en cause Israël pour crimes de guerre.

 

Nicolas Sarkozy s'entretient avec Mahmoud Abbas

Nétanyahou continue d'appeler à des négociations « sans préconditions », faisant porter la responsabilité du blocage actuel sur les Palestiniens, qui réclament un gel total de la colonisation. Il pourrait se retrouver bientôt sans interlocuteur. Mahmoud Abbas, attaqué par le Hamas pour sa complaisance envers les Américains et les Israéliens, pressé par Washington de faire de nouvelles concessions, critiqué dans son propre camp pour avoir accepté de demander le report de l'examen du rapport Goldstone, a menacé de ne pas se présenter aux élections de janvier prochain. Une démission du président palestinien pourrait entraîner un effondrement de l'Autorité palestinienne, sur qui Américains et Européens ont tout investi.

Nicolas Sarkozy, qui s'est entretenu hier avec le président palestinien, lui a demandé de renoncer à son projet de démission, et à « poursuivre son action au service de la paix ». Selon l'Élysée, Sarkozy l'a « assuré du soutien actif de la France pour parvenir à une véritable relance du processus de paix sur les bases agréées par les parties et la communauté internationale ».

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